Très vite oublié, à tort,
Obedience Thru Suffering avait posé les bases d’une musique lente, langoureuse, mais terriblement efficace : le sludge. Et
Crowbar ne comptait pas s’arrêter aussi tôt. Tout juste un an après ce premier album, le combo de la Nouvelle-Orléans décide de sortir un album éponyme. «
Crowbar » sera souvent considéré comme le premier véritable album du groupe, ce qui mettra Obedience dans l’ombre.
Pourtant, leurs sons étaient sensiblement les mêmes, hormis la production où ça sentait l’humidité. La guitare lente et grasse du duo Thomas/Windstein, la voix rocailleuse de Kirk justement, la basse claquante et enivrante de Todd Strange, et les coups de fouets de Craig sont également de mise. Mais c’est surtout grâce à la participation d’un certain Phil Anselmo qui allait déclencher la vapeur des bœufs de
Crowbar. Bien sûr, la qualité de leur sludge n’était pas à remettre en cause, simplement le groupe manquait cruellement de reconnaissance dû à un underground restreint. Il suffira que le nom du leader de
Pantera s’affiche en tant que producteur sur la pochette de l’album pour permettre au groupe de Kirk Windstein de faire plusieurs tournées avec
Pantera, se faire des alliés de taille et une réputation à la hausse en quelque temps. Mais pour cela,
Crowbar devait user de son génie avec le décisif album éponyme, «
Crowbar ».
High Rate Extinction nous met au parfum, le char est lancé et nous renverse à plusieurs reprises. La lenteur des morceaux oppressent, agressent l’auditeur de manière peu communicative, c’est rock ‘n roll. Le groove est plus présent que sur Obedience, c’est un point sur lequel
Crowbar a évolué en offrant des riffs piqués à la limite du hardcore. Le rouleau compresseur continue avec un All I Had (I Gave), dans la lignée directe de son prédécesseur, provocateur, lourd et puissant. Beaucoup de titres sont à découvrir sur cet opus, qui contrairement à la précédente sortie du groupe, accrochent de manière agréable. Le douloureux Fixation laisse entrevoir la voix rauque mais mélodique de Kirk et ainsi voir qu’il sait se diversifier. D’ailleurs, au fil de sa carrière, le vocaliste usera de son chant avec des morceaux plus piquants. La vidéo d’Existence Is Punishment aura d’ailleurs été jouée chez Beavis et Butt-Head, ce qui a été un succès important pour leur début de carrière.
Comme précisé tout à l’heure, Phil Anselmo a fait bénéficier de son expérience à ses potes de
Crowbar pour la production. Obedience avait une odeur marécageuse, donnant un côté humide et chaud à l’opus. Ici, le son est chaud, terriblement sec, grinçant et terriblement éraillant. Les compositions en ressortent plus destructrices et éprouvantes, I Have Failed ne déroge d’ailleurs pas à la règle.
Avec son «
Crowbar », les bovins de la Nouvelle-Orléans décident de passer la porte de l’entrée et de s'asseoir, encore timidement, à leur siège de précurseur du sludge ainsi qu’en principale influence. Jamey Jasta d’
Hatebreed les citera de nombreuses fois et montrera son affection envers ce groupe particulier. En influençant la scène NOLA plus principalement, avec Eyehategod ou autre
Goatwhore.
Un album à caresser dans le sens du poil sinon un vilain retour dans la face risque de vous surprendre.