Il est difficile de se dire qu’en 1996, les chaînes de radio américaines et les fanboys n’avaient d’yeux que pour la nouvelle classe Metal amenée par
Korn ou même
Sepultura et son Roots lorsque l’on connaît
Neurosis et que la sortie de Through Silver in Blood rejoint celles des idoles de l’époque. Je me rappelle avoir lu sur un forum un lecteur affirmer qu’il maudissait le jour où Through Silver in Blood était sorti, car c’était l’album qui lui avait fait découvrir
Neurosis et par là même, se rendre compte qu’après écoute de leur musique, le reste de la scène de l'époque lui était devenu fade.
Ne nous y trompons pas, si Through Silver in Blood est considéré comme l’album culte par excellence du groupe, c’est pour de multiples raisons relatives à une future évolution du groupe. 1996, année essentielle pour la carrière des américains. Si Enemy of the sun avait su bouleverser les amateurs de chaos sonore, son successeur poursuit dans la démesure. Pour parler changements, l’on découvre vite que l’aspect sonore a changé chez le combo, dès l’entrée éponyme, terrifiante d’hypnotisme et d’incantations : on croyait avoir atteint le summum de la qualité guitaristique sur Enemy of the sun, mais c’est bien sur Through Silver in Blood que
Neurosis trouve le son de ses guitares, en attendant que le reste suive, notamment sur Times of Grace. La production n’en demeure pas moins bruitiste, le groupe aime le chaos, ses thèmes transpirent la destruction, les religions, l’évolution de l’Homme par l’anéantissement, tant de thèmes rendus réels par la musique, surtout avec l’arrivée de Noah Landis.
Ce dernier entre dans la formation pour marteler ses claviers, jouer de ses samples, et la différence est notable. Enemy of the sun comportait déjà ces inspirations démentielles (« Lost » notamment) pour appuyer l’apocalypse ; avec Through Silver in Blood, ce n’est plus une décharge, c’est la chaise électrique. Les atmosphères créées par Landis amènent toute la profondeur de l’ensemble, tout ce côté malsain et hypnotisant, à la limite de l’effrayant comme en témoigne « Eye », Noise jusqu’à saturation. Omniprésentes, les parties de clavier confèrent à la musique de
Neurosis toute la profondeur qui manquait encore ( !)et les interludes aèrent l’ensemble tout en ne lâchant pas l’auditeur (« Rehumanize » et « Become the Ocean »). En ajoutant à cela une participation encore plus rythmique et lourde d’Edwardson à la basse, souvent appuyé par Landis, démesurément dérangé, (« Purify », superbe avec son final à la cornemuse), on ne peut résister à l’explosion sonore du groupe.
Neurosis semble déchainé, le jeu à trois voix est toujours aussi fort (le tube « Locust Star ») et la structure même de leurs compositions se fait plus progressives, beaucoup moins linéaire et pourtant diablement accrocheuse.
Néanmoins,
Neurosis conserve cette part d’intimité, cette expérimentation qui lui permet de créer des perles de douceur mais aussi des titres à vous foutre le cafard. « Strength of fates » en est l’exemple le plus probant, morceau à la limite de la prière déchirante, où
Von Till chante sa détresse, loin de tout, supplée par du piano et des samples toujours dans un ton destructeur, avant l’explosion, toujours l’explosion, comme fin de tout. « Aeon » encore, et sa montée aux violons et piano, ne pourrait laisser suggérer ce déferlement Noisy complétement dément, à rendre fou le plus cartésien des mélomanes, avant de le faire voyager avec un final aérien et sublime. Enfin, « Enclosure in flame » ferait passer n’importe quel morceau de Doom comme ringard tant la profondeur est bien véhiculée par la lenteur des guitares ; il ferait aussi passer un morceau inquiétant pour du Dave tant la volonté de rendre le tout souffreteux est réussie.
Pour être culte, Through Silver in Blood est culte. C’est une étape dans la discographie de
Neurosis mais cependant pas le plus grand album de
Neurosis, distinction plus propice à ses descendants, du moins jusqu’à A sun that never sets. L’arrivée de Noah Landis donne au groupe ses lettres de noblesse en ce qui concerne les atmosphères, ici dérangeantes et démentielles. Les guitares sonnent
Neurosis pour toujours (adieu le trop plein de compression) et le début de l’ère plus ambient du groupe commence avec des titres comme « Aeon », annonçant presque The Eye of every Storm. Non franchement, dites-moi, qu’est-ce que vous écoutiez en 1996 ?