Iron Maiden avait pris son temps pour sortir ce Virtual XI, après un
X Factor réussi mais lacéré par les fans et la critique. Il y a bien eu le Best Of The Beast, espèce de
greatest hits pour Maiden, à la set-list ultra-prévisible mais dont l'inédit
Virus marchait dans les pas de The X Factor. Les fans réclamaient encore et toujours le retour de
Bruce Dickinson au chant et
Blaze Bailey était toujours une erreur de casting de la part de Maiden. Rien de bien neuf à l'horizon en somme.
1998 était une année chargée pour tout amoureux de football. Il y avait la coupe du monde, en France et pour les Européens, l'Hexagone allait devenir un terrain fort appréciable.
Steve Harris, amoureux du ballon rond devant l'éternel, en profite pour lier cette activité à
Iron Maiden. Il l'avait déjà fait par le passé, mais cette fois-ci, il en met vraiment partout, jusqu'à cette affreuse pochette inspirée, mais qui délivre une des prestations les plus risibles de Eddie. Le livret intérieur est à la gloire du foot, de
Iron Maiden et du jeu à venir, Ed Hunter. Il est presque touchant de voir les musiciens poser en maillot au milieu de joueurs de l'époque comme Marc Overmars, Paul Gascoine ou Patrick Vieira qui ne semble pas trop savoir ce qu'il fiche ici. On peut également admirer comment Ed Hunter, ce fameux jeu mettant en oeuvre Eddie sur la musique du groupe, promettait d'être pourri (et ça oui, il l'est !). Bref, le mauvais goût côtoie l'agaçant.
Musicalement, le groupe fait marche arrière et retourne à une formule plus traditionnelle. Terminé l'aura sombre qui nimbait The X Factor, Virtual XI est un album plus lumineux. Les chansons se veulent plus rapides, plus directes, la durée de l'album a été revue à la baisse... Tout ce qui faisait le charme du précédent opus (ou qui en exaspérait certains - nombreux) a été gommé au profit d'une trame classique pour
Iron Maiden. Sauf que c'est toujours ce pauvre Blaze Bailey qui est au chant.
Il n'est donc pas étonnant que le premier titre,
Futureal soit court et rapide, dans la lignée d'un
Man On The Edge ou d'un
Be Quick Or Be Dead pour ne fâcher personne. On reconnait tout de suite les mélodies propres à Maiden, avec cette basse galopante. Ce qui frappe tout de suite l'oreille, c'est la pauvreté du jeu rythmique de
Nicko McBrain, beaucoup plus sobre que sur The X Factor où il avait fait des merveilles. Un style très dépouillé, donc. Puis Bailey pose sa voix et quelque chose bloque. On ne le sent pas à l'aise, on a l'impression qu'il force et le résultat n'est pas formidable. Il avale la moitié des paroles et le refrain matraqué, répété, devient une épreuve. L'autre titre rapide de l'album
Lighting Strikes Twice, subit le même traitement. Ce morceau a d'ailleurs un rendu bizarre dans sa forme, comme s'il s'agissait d'une composition restée longtemps dans les tiroirs de Steve Harris, une chute de studio d'un morceau écrit originellement pour Dickinson.
Heureusement, Bailey se rattrape sur les mid tempos, qui sont assez nombreux. Il est ainsi impérial sur
The Angel And The Gambler ou sur l'excellent
The Clansman qui raconte les guerres d'indépendance de l'Ecosse contre l'Angleterre au Moyen-Âge. Ses "Freedom" résonnent héroïquement, vaillamment. Pour
The Angel And The Gambler, le problème provient de l'écriture et de l'adaptation : sur le papier, il s'agirait d'un des morceaux les plus originaux de
Iron Maiden, avec ce synthé déguisé en orgue Hammond qui vient donner une connotation à la
Deep Purple à l'ensemble, tandis que Bailey en impose sur les couplets, mais le refrain tombe comme un cheveu sur la soupe. En complet décalage avec le reste, il sera par la suite répété inlassablement, ad nauseam... Près de dix minutes qui auraient gagnées à être réduites de moitié...
Et l'on tient là le grand point faible de cet album, ces refrains minimalistes et répétés à l'infini, et de façon souvent complètement incongru (comme pour
The Educator Fool que l'on oublie à peine écouté...). Alors oui,
Iron Maiden est revenu à une formule plus traditionnelle, mais en occultant complètement l'essence même de ce qui a fait son succès : des titres efficaces, aux refrains puissants, évocateurs, référentiels même. Là, chaque morceau contient des passages instrumentaux qui nous empêchent de nous endormir, des couplets qui envoient la sauce comme il faut, mais cela ne suffit pas à sauver le disque. Même la simili ballade
Como Estais Amigos qui clôt le disque, se perd un peu dans ces travers.
Virtual XI est un disque qui fait marche arrière et qui régresse en qualité. Bailey n'est pas à blâmer, il a fait ce qu'il a pu. Mais avec cet album à chanteur interchangeable (écoutez
The Clansman ou
Futureal en live avec Dickinson, c'est flagrant),
Iron Maiden ne remplit pas les critères qualitatifs auxquels il nous avait habitués et livre une de ses prestations les plus faibles à ce jour. Décevant.