Après dix ans d'absence,
Pascal Mulot nous revient avec un nouvel album, Tsar Bomba. Pour les fans, déjà ragaillardis par le fait qu'il assure la basse dans la formation Satan Jokers 2009, c'est la cerise sur le gâteau. Parce que mine de rien,
Can You Hear Me, Jay ? avait laissé un très bon souvenir à ceux qui l'avaient écouté, l'approche bluesy étant des plus délectables.
Tsar Bomba... La Bombe Reine, la plus puissante bombe nucléaire à avoir explosé. Ce n'est certainement pas représentatif de cet album dans sa globalité, même si l'on ne peut jamais vraiment deviner où va nous conduire le sympathique bassiste. La mélodie est reine même si l'ensemble reste très technique.
Pascal Mulot ne s'échine pas à réaliser un exercice de style stérile qui ne ferait fantasmer qu'une poignée de bassiste, il préfère convier ses auditeurs à un voyage musical sans itinéraire précis, sans garde-fou. On peut aussi bien se noyer dans une composition émouvante que taper du pied sur un passage plus énervé, qui claque comme une explosion.
L'album débute avec un
On The Way To Akaba dépaysant, qui nous mène vers des contrées orientales. La basse est bien sûre très en avant, mais la batterie, assurée ici par
Gaël Ferret (
Misanthrope) a de la place pour s'exprimer, ainsi que la guitare. C'est groovy, entraînant, varié. Un point commun avec les autres plages, toutes instrumentales.
Pascal Mulot exploite sa basse, lui permet de s'exprimer, entre jeu classique et slap, sans oublier le feeling, bien entendu, pièce indispensable pour qu'un album instrumental ne sombre pas dans l'ennui. Certaines parties de guitare se révèle donc jouissives, comme sur le title track au riff solide, où sur
Samourai, agrémenté d'un solo monstrueux. La complicité entre le gratteux
Pascal Vigné et le bassiste saute aux oreilles. C'est frais, prenant, envoûtant même.
Mulot s'offre également un instant de gloire, sur la ballade
Long Branch New Jersey, où il démontre les qualités mélodiques de son instrument, souvent relégué au simple appui rythmique. Même les non-bassistes peuvent se laisser prendre par l'émotion que
Pascal Mulot insuffle tout du long. Et là encore, il s'arrête toujours à la frontière de la démonstration, pour ne pas lasser, conscient qu'avant toute chose, la musique doit apporter du plaisir, qu'elle ne doit pas être une corvée.
On s'attardera également sur les ambiances, pas toujours sereines, qui se dégagent de cet album. Comme la seconde partie de
Dark, horriblement introspective, qui met l'auditeur face à ses sentiments les plus noirs. Sombre et doux, voire doucereux. On ne sait pas ce qui se cache derrière cette basse quasi aquatique, quel monstre est prêt à surgir de l'
abîme. Puis il y a d'autres passages, plus festifs, comme sur
Time Will Tell, groovy en diable, agrémenté d'un riff typiquement hard rock. Une perle !
Comme tous les albums de ce genre, c'est l'aspect instrumental qui rebutera le plus de personnes. Toutefois, il convient de le dire : Tsar Bomba est l'un des meilleurs albums du genre à être sorti ces dernières années et il évite soigneusement de sombrer dans la facilité, dans un étalage sans âme de talent.
Pascal Mulot n'oublie pas la musicalité et le plaisir. Les fans du personnage seront conquis. Les bassistes apprécieront son jeu chaleureux et varié. Les autres, comme moi, apprécieront cet album pour ce qu'il est : un très bon disque de musique, tout simplement.