Franchement, qui était fan de
Vio-Lence, l'ancien groupe de
Robb Flynn ? Un ou deux au fond de la salle et un autre dehors (ben oui, la loi est la loi, il fume sa cigarette à l'extérieur) ? Et pourquoi ce désaveu ? A cause de la voix du chanteur ? Bingo ! Le jackpot est décroché.
Et face à ce constat de semi-échec déplorable en vue des qualités développées, Robb Flynn met fin à Vio-Lence et monte un nouveau projet,
Machine Head autour de
Logan Mader (guitare, impressionnament tatoué), d'
Adam Duce (basse) puis après coup, de
Chris Kontos (batterie). Burn My Head sort en 1994, une année pas franchement bénie pour le thrash, style qui se voyait réduit à peau de chagrin, bouffé par l'avènement du death qui se montrait évidemment plus brutal. Les anciennes gloires du genre avaient viré heavy metal (
Metallica et
Megadeth), d'autres avançaient à cloche pied (
Testament,
Slayer) et le neo émergeait et s'apprêtait à prendre une sacrée part du gâteau. En Europe, la mouvance extrême était représentée par le death mélodique de Göteborg qui en était encore à ses balbutiements ou à l'invasion obscure des combos de black metal.
Et pourtant, ce Burn My Eyes n'est pas passé inaperçu. Déjà, il y a cette pochette, malsaine, dérangeante. Comme si un homme était frappé par un tir de Taser dans les yeux (vive l'extrapolation avec les faits de société modernes). Puis, à la lecture du verso, des titres aux noms significatifs :
Davidian,
The Rage To Overcome,
Blood For Blood... De quoi nourrir la curiosité des plus réticents. Puis il y a la musique en elle-même.
Une chose est évidente, Machine Head représente une cassure avec le son des eighties. Nettement moins syncopé, haché, au contraire ! Fluide, puissant, brutal, le groupe offre au thrash une mue salvatrice, entre une efficacité toute slayerienne et un sens du riff à la
Pantera. Cette fois-ci, Robb Flynn s'occupe également du micro et son chant grave, rugueux, est loin des stéréotypes du genre. L'ensemble est dur, les paroles sont frappantes. Flynn se base sur l'actualité de son époque pour des textes d'excellente facture, autre point fort de cet album. Que dire de
Davidian et son "Let freedom ring with a shotgun blast" hurlé avec la rage du désespoir, désespérément culte, terriblement cruel. En 1994, la tragédie de Waco était encore très présente dans les esprits et ce titre laisse un goût de cendre en bouche. A noter cette introduction monstrueuse à la batterie et le riff assassin qui s'ensuit pour ce qui est l'un des tous meilleurs morceau de Machine Head.
Mais Burn My Eyes ne se limite pas à ce titre, judicieusement placé en ouverture.
Old st une autre tuerie radicale au même titre que le heavy
Block. Mais le groupe sait également varié les plaisirs et approcher un style plus mélodique comme sur
Death Church ou
I'm Your God Now où Flynn dévoile vraiment tout son talent de chanteur. On reste facilement scotché par un riff, enivré par un solo dévastateur et atrocement jouissif, béa devant les parties de batterie absolument énormes qui émaillent ce disque. Rien n'est laissé au hasard, ni dans la composition ni dans l'agencement des morceaux et il est bien difficile de déceler un point faible au milieu de ce maelström sonore. Du coup, on pointe le livret du doigt, ridicule, qui se montre bien minimaliste par rapport à une oeuvre si généreuse. Ou peut-être
Real Eyes Realize Real Lies qui n'apporte pas grand chose à l'ensemble du haut de ses deux minutes quarante cinq, histoire de chipoter un peu.
Burn My Eyes est un disque varié, mais épais, lourd, racé. L'avènement d'un nouveau style de thrash, brutal et bienvenue pour toute une école destinée alors à une lente et horrible agonie. Ce n'est pas un hasard si Slayer a invité le jeune groupe à ouvrir pour eux en compagnie de
Biohazard la même année et ce n'est pas innocent si le public de la bande à
Tom Araya, connu pour son élitisme, a chaudement accueilli Machine Head. Un géant est né, mais un géant aux pieds d'argile.