Vanity/Nemesis est un disque mal-aimé et ce, principalement parce qu'il sort après un album encore aujourd'hui considéré comme l'une des plus grandes trahisons de l'histoire du metal : Cold Lake. Cold Lake et son revirement glam incompréhensible après deux opus légendaires de par leur avant-gardisme, une originalité qui a fait des disciples dans les hautes sphères de l'extrême scandinave. Aussi, la tâche est difficile, voire impossible pour ce
Vanity/Nemesis : se racheter auprès de fans ulcérés d'avoir été trompés par leur groupe fétiche qu'ils croyaient intègre.
Oliver Amberg n'est plus de la partie, heureusement diront certains. Le retour inespéré de
Martin Eric Ain à la basse fait que
Curt Victor Bryant s'approprie la six-cordes restée vacante. Le grand absent de cette formation restera sans doute
Reed St Mark, batteur des mythiques
To Mega Therion et
Into The Pandemonium et c'est toujours
Stephen Priestly que l'on trouve derrière les fûts. Et c'est ce line-up qui va entreprendre de se racheter.
Une chose est certaine, cet album sort trop tard. Le cul coincé entre une sauvagerie héritée de
To Mega Therion et un aspect sophistiqué qui n'est pas sans rappeler
Into The Pandemonium, le groupe dessine une toile de fond presque facile d'accès. Il n'y a plus cette aura avant-gardiste qui caractérisait
Celtic Frost, même si ce n'est pas le tout-venant du metal de cette époque qui irait sortir un album pareil. L'ambiance est lourde, noire et menaçante.
Thomas Gabriel Warrior retrouve de sa gouaille et tire un trait sur l'aspect androgyne de sa personnalité développé sur Cold Lake. Du coup, on avance en terrain connu, presque rassurant et terriblement décevant en même temps.
On remarque aussi que les voix féminines se font un peu plus nombreuses et donnent un aspect gothique étrange à l'ensemble, sur des compositions où le Frost joue sur les ralentissements pour les mettre en valeur.
Wings Of Solitude est ainsi une composition improbable, groovy et désespérée à la fois, mais presque décevante quand on se souvient du traitement que le groupe avait réservé à
Tristesses De La Lune en son temps. Et pourtant, ce titre est bon, foutrement bon !
C'est peut-être alors que l'on réalise que
Celtic Frost a laissé derrière lui la fougue et l'insouciance de ses jeunes années et qu'on a affaire à un groupe mature et réfléchi. On le ressent sur des compositions ambitieuses comme ce
Nemesis travaillé et purement jouissif avec sa montée en puissance effroyable, ou devant la qualité d'écriture, plus fluide que par le passé, mais moins instantanée du coup.
Quand on écoute ce
Vanity/Nemesis en tenant compte de la discographie passée de
Celtic Frost, on est forcément déçu, parce que le groupe n'ose plus aller de l'avant, n'ose plus sortir des sentiers battus, ne prend plus de risques. Sans être parfaitement millimétrées, les compositions ne parviennent pas à étonner, le déroulement de l'album est presque prévisible. Les coups de folie en moins. En revanche, si l'on s'y attarde avec une oreille vierge, le dépucelage peut être violent. Parce
Vanity/Nemesis est tout de même bon, parce qu'il synthétise la noirceur de
To Mega Therion et l'éclectisme de
Into The Pandemonium, même s'il n'en extrait pas la substance vitale. Idéal pour débuter son aventure frostienne. Ceux qui connaissent les autres albums, appréciez celui-ci pour ce qu'il est : un bon album. Même si pour les fans de
Celtic Frost, bon ne suffit pas.