Certains albums vous mettent l'eau à la bouche. C'est ainsi.
Prenons ce
Beto Vazquez Infinity sorti de nulle part et qui parvient à aligner une série de guests à faire pâlir
Arjen Lucassen lui-même en cette année 2001. Imaginez, sur un même disque, avoir
Tarja Turunen (alors dans
Nightwish),
Sabine Edelsbacher de Edenbridge,
Candice Night de Blackmore's Night,
Fabio Lione de
Rhapsody Of Fire ou
Vision Divine (ça dépend de l'humeur) ainsi que
Jörg Michael (
Stratovarius), c'est de l'utopie. Et pourtant, cet argentin sorti de nulle part (enfin, si, de l'Argentine) parvient à le faire. C'est à la fois impressionnant et en même temps, inquiétant parce que ça pue un peu. L'odeur du produit facile pour appâter les fans des groupes cités qui voudront avoir absolument tous les enregistrements avec leur chanteur(se) préféré(e).
Et effectivement, il y a un peu de ça ; derrière cette pochette bien moche (tandis que nos compatriotes d'Amérique du Sud ont droit à une jaquette bien plus sympathique) se cache un disque difficile à cerner. D'un côté, il a tout d'une arnaque à grande échelle, destinée à faire du pognon facile, en affichant en campagne de pub sa liste de guests, les "grands" du moment. D'un autre côté, il bénéficie d'une incontestable qualité d'écriture qui donnerait presque bonne conscience à l'acheteur.
Ce disque demande un temps d'assimilation. Parce qu'aux premières écoutes, il ressemble à une succession de ballades bien gnangnan, du type joué par les guests dans leurs groupes respectifs. Et pourtant, le premier morceau,
Until Dawn est très sympathique, du
Nightwish en plus light, avec une très bonne prestation de
Tarja derrière le micro, et on se prend à rêver d'un album dans cette veine. Cela aurait été trop simple, tellement évident... Beto Vazquez préfère raconter des histoires, mettre en scène de sentiments, avec des mélodies et une belle finesse d'écriture.
Il ne faut donc pas s'attendre à des déflagrations de guitares, de compositions où le clavier se marie à la six-cordes pour franchir le mur du son. Parce que cet album n'est pas conçu ainsi. La guitare fait souvent des apparitions électriques en arrière-plan (
Sadness In The Night) ou de façon plus remarquée pour un passage solo appréciable (
Wizzard). Puis d'un coup, elle vient se rappeler à notre bon souvenir, le temps d'un morceau épique, dans la veine d'un
Rhapsody Of Fire. Et bien sûr, c'est Lione qui s'y colle. Du coup,
The Battle Of The Past est un final fort bien venu.
Mais il est vrai que l'on peut se lasser à l'écoute de ce disque. C'est délicat, mais vu les guests, l'auditeur s'attendait forcément à quelque chose un tantinet plus heavy, ou plus héroïque. Mais non. Vazquez a offert aux invités de refaire en plus soft ce qu'ils faisaient avec leurs combos originaux et oui c'est bien, oui c'est joli, mais où se trouve l'originalité, le feu sacré ? Au détour d'un mince solo de guitare ? D'une flûte moyenâgeuse ? D'un saxophone chaleureux ? Du filet de voix cristallin de Candice Night ? Du final qui tranche sauvagement avec le reste ? Oui, non, peut-être, certainement pas. La réponse est ailleurs, forcément, selon la sensibilité de celui qui va entrer dans cette oeuvre étrange, presque surréaliste dans son approche.
Bref, cet album, sans être impénétrable, reste un mystère en soi. Chacun l'appréciera pour diverses raisons, d'autres le détesteront pour les mêmes. Ceux qui admirent les belles voix féminines peuvent s'y risquer sans problème. Même si l'ensemble est un peu pénible sur la longueur, il y a de quoi passer un bon moment. Finalement, un disque mi-figue mi-raisin...