C'est en se remettant d'une hépatite que
Phil Lynott enjoint ses troupes à retourner en studio aussi rapidement. L'énorme Jailbreak n'était pas sorti depuis longtemps que déjà
Thin Lizzy remettait le couvert, avec un album différent, mais en tout point remarquable.
Ici, les couleurs sont chaudes. Le décor est étrangement celtique et le renard est omniprésent. D'ailleurs, pour les celtes, le renard représente évidemment la ruse, mais également la diplomatie et l'aspect sauvage. Lynott, qui n'a jamais caché sa fierté pour ses racines irlandaises devait se retrouver dans cet animal et nul doute qu'il faille voir en
Johnny The Fox une grande part autobiographique.
Le premier morceau,
Johnny, nous met tout de suite dans l'ambiance. La basse est galopante, et roublarde à l'instar du renard. Les guitaristes sont toujours là pour assurer un très bon travail mélodique, un lit douillet pour la voix déchirante de Lynott, plaintive, au bord de la rupture. On pénètre sans le savoir dans un album très introspectif, douloureux. Cette impression - fugitive - se répètera à plusieurs moments, ou au fil des écoutes. D'ailleurs, un peu plus loin,
Don't Believe A Word confirme cet état de fait. C'est bluesy, c'est court, c'est simple, les soli tuent. Et Phil Lynott est tout simplement impérial, son débit a quelque chose d'une tristesse insondable tandis qu'il nous narre ses déboires, ses bris de coeur. Il est à fleur de peau et sa voix véhicule un flot d'émotions en continu.
Les surprises sont nombreuses. La première étant qu'on est face à un album bien plus posé que ne l'est Jailbreak. Les guitares sont moins incisives mais elles accomplissent leur travail et se mettent en première ligne quand le besoin s'en fait sentir. Il y a toujours cette variété, cette richesse musicale propre à
Thin Lizzy, avec ces passages gorgés de soul, ou funkisant en diable (les cuivres de
Johnny, la basse enivrante de
Johnny The Fox Meets Jimmy The Weed). Le chant de Lynott est toujours excellent, il démontre sans cesse qu'il est un grand chanteur. Puis il y a ces passages sortis du néant, tout en cavalcade frénétique, à l'instar de
Massacre, taché du sang des Irlandais, ou encore le final
Boogie Woogie Dance. Les rythmiques se font plus meurtrières; derrière ses fûts,
Brian Downey est loin d'être un manchot et il en impose, même s'il faut plusieurs écoutes pour s'en rendre vraiment compte.
Johnny The Fox n'est pas vraiment facile d'accès. S'il évite certains pièges comme celui d'une ballade trop larmoyante ou d'une chanson rentre-dedans déjà entendue, il est de premier abord décevant par rapport au musclé Jailbreak qui a été la révélation pour une bonne partie des fans du groupe. Comme il en a déjà été fait mention, il faut l'écouter plusieurs fois pour s'imprégner de l'ambiance particulière qu'il dégage, de cette mélancolie dissimulée derrière une façade hard, rock et soul, sans oublier un héritage celtique toujours très présent.
Un album riche, varié, qui devrait plaire à ceux qui aiment la Musique avec un grand M. Phil Lynott a fait que
Thin Lizzy ne se limite jamais à un style et ce
Johnny The Fox se pare de couleurs chaudes et envoûtantes. Peut-être pas le meilleur opus du groupe, mais une valeur sûre dans une discographie bien fournie.