Rude Awakening est le premier album live de
Megadeth. Après neuf albums studios, il était plus que temps, surtout que
Dave Mustaine l'a parfaitement compris, il a trop laissé courir le temps. En effet, le line-up qu'il présente est efficace avec son ami de vingt ans (et plus pour longtemps)
Dave Ellefson à la basse, le grand
Al Pitrelli à la guitare et le robuste
Jimmy DeGrasso derrière les fûts, mais celui qui aura toujours la préférence du public doit impérativement compter
Marty Friedman et
Nick Menza. Seulement, Megadave a laissé la situation s'envenimer et ce live parait quelques années trop tard.
En effet,
Megadeth n'est plus un incontournable. Risk et surtout
The World Needs A Hero ont veillé à bien plomber les ailes du groupe. Et c'est justement lors de la tournée de soutien de ce dernier album qu'a été capté cet album live. A la base, l'idée était de l'enregistrer en Argentine où le public est chaud, complètement acquis à la cause du grand rouquin (et non, ce n'est pas NanoRoux). Mais les attentats du 11 septembre ont changé la donne et il a été capté à domicile, à Tucson dans l'Arizona, à quelques encablures de Phoenix, sur deux nuits, histoire de ne proposer que le meilleur de ces gigs dantesques.
Parce qu'il faut convenir d'une chose. Même si
Megadeth n'a plus l'attrait de ses débuts, il reste plutôt convaincant sur scène, malgré un son parfois un peu pourri et qui manque de temps en temps singulièrement de puissance. Heureusement, DeGrasso est là pour assurer une rythmique efficace, ponctuée à la double, dynamisant l'ensemble quand le besoin s'en fait sentir. Mustaine a choisi de négliger son répertoire le plus récent. Ainsi,
The World Needs A Hero est à peine représenté, Risk complètement occulté. En revanche, des compos de Peace Sells et de
So Far, So Good... So What ! ont été déterrées pour l'occasion. Déguster un
Wake Up Dead ou un
Devil's Island a quelque chose d'orgasmique sur le papier, mais il en va tout autrement en pratique.
En effet, Mustaine n'a jamais été un grand chanteur. Le contraire se saurait. Et sur scène, c'est d'autant plus flagrant qu'il semble avoir une patate chaude en bouche durant son tour de chant.
Reckoning Day,
Devil's Island et plus encore
Train Of Consequences, qui se suivent, s'apparentent à un cauchemar : trois classiques massacrés sans autre forme de procès par un Mustaine loin de ses capacités.
En revanche, il est agréable de constater que le groupe propose une set list qui ne donne pas dans la facilité. Il y a certes les classiques auxquels on ne peut pas échapper (quoique
Skin O'My Teeth n'y figure pas), mais certains morceaux semblent venir d'ailleurs, comme
Kill The King, à l'origine un morceau inédit sur une compile ou encore
Angry Again qui figurait sur la BOF de Last Action Hero, ou encore ce
Mechanix qui a une importance particulière aux yeux de Mustaine, comme il ne manque pas de le préciser.
Malgré un public qui semble loin, on devine qu'il y a une espèce d'alchimie entre le groupe et lui, ce qui contribue à la bonne tenue relative de cet album live qui ne tient pas toutes ses promesses. Mustaine peut s'en mordre les doigts. Pareil disque en 1995, après Youthanasia, aurait eu une tout autre aura et aurait assis de façon définitive
Megadeth dans le Panthéon des grands du metal. Au lieu de cela, le groupe splittera dans l'incompréhension la plus totale quelques mois après et après sa reformation de 2004, n'atteindra plus la même notoriété. Pour certains, le
testament scénique d'un groupe qui aurait pu atteindre des sommets.