A l'origine, l'album était paru sous une simple pochette blanche, sans même un signe distinctif sinon le logo bien connu du groupe. Pas de Eddie, juste la mention du lieu d'où est tiré ce live et une date.
Steve Harris dira que c'était voulu, pour contrer la flopée de bootlegs tirés de cette date particulière, souvent avec un son pourri. Et quel concert de la Vierge de Fer pouvait générer un nombre aussi important de bootlegs sinon la dernière apparition officielle avec
Bruce Dickinson derrière le micro ? Car le chanteur rouquin voulait voler de ses propres ailes, s'éloigner d'un groupe qu'il considérait comme un tank, où il ne pouvait exprimer ses idées à fond. Une tête d'affiche aux Monsters Of Rock de Donington, qui était à l'époque le plus gros festival metal d'Europe pour célébrer dignement un départ.
L'année 1993 est chargé en live pour le fan de
Iron Maiden, qui a du casser sa tirelire à plusieurs reprises. Si
A Real Live One et
A Real Dead One ont un fumet un peu faisandé qui les rend dispensables, celui-ci possède une saveur unique. Comme son nom l'indique, il recouvre une seule et unique date, ce qui permet de savourer pleinement une ambiance particulière, où l'on sent le public en totale communion avec le groupe. Le rendu est complet. Rien n'a été coupé, ni le bavardage de Bruce Dickinson qui n'en peut plus de remercier la foule sur
Running Free, ni l'interminable attente pour l'envoi des rappels à la fin du show. Le son est plutôt bon, même si l'on remarque tout de suite que la basse de Steve Harris est mixée très en avant. On l'entend galoper sur tous les titres, sans réelle surprise.
La véritable question est de savoir si ce live est capable de rivaliser avec le mythique
Live After Death de 1985 ? La réponse est non. Forcément. Même si
Live After Death est imparfait dans sa forme, il regorge de classiques et il est le reflet de l'une des tournées les plus prestigieuses de
Iron Maiden, le World Slavery Tour, en soutien du monstrueux Powerslave. On retrouve bien entendu quelques-uns de ces titres ; impossible de passer à côté de
The Trooper,
Running Free ou
Hallowed Be Thy Name. Le public ne l'accepterait pas. Et certains morceaux choisis ici font baisser la tension. S'il n'y a rien n'a redire sur l'enchainement
Be Quick Or Be Dead/
The Number Of The Beast,
Wrathchild vient tout de suite casser l'effet avec une version plate et fade, où l'on comprend tout de suite que Dickinson ne sera jamais à l'aise sur ce morceau composé pour la voix de
Paul Di'Anno.
La set list est donc prévisible, calibrée pour satisfaire un public friand de classiques, tout en sachant imposer quelques morceaux plus modernes, logiquement ceux du
Fear Of The Dark, bizarrement deux passages vers
No Prayer For The Dying au détriment de
Somewhere In Time. Comme d'habitude. Un concert de
Iron Maiden ne satisfait jamais personne, mais on pouvait se demander pourquoi le groupe n'aurait pas cherché à assurer le spectacle en jouant des titres plus rares, ou quelques-unes de leurs reprises comme le
Massacre de
Thin Lizzy ? A croire que les covers sont justes bonnes à terminer en b-sides...
Ce
Live At Donington manque un peu de folie, il scotche moins que le
Live After Death qui reste la référence live pour Maiden, même s'il a été capté à différents moments et ne possède pas une telle unité. Ceux qui se seront déjà procurés
A Real Live One seront dégoutés de voir que cet achat fait doublon, tous les titres étant ici répétés. Pour les albums lives de 1993, mieux vaut jeter son dévolu sur celui-ci, meilleur d'un point de vue son et ambiance, pour des morceaux presque interchangeables.