Benediction fait un pas en arrière. Là où
Grind Bastard démontrait une réelle motivation pour aller de l'avant,
Organised Chaos ne fait pas illusion longtemps. Un coup d'oeil rapide sur la pochette suffit pour savoir que les Anglais font un retour au bon vieux death des familles : le logo original est là et l'illustration est dans la lignée de ce que
Benediction présentait des années plus tôt.
En revanche, le groupe a perdu le grogneur
Dave Ingram dans l'aventure, alors qu'il était considéré comme le chanteur historique de la formation. Son remplaçant n'est autre que
Dave Hunt, plus connu sous le nom de
V.I.T.R.I.O.L, hurleur chez
Anaal Nathrakh. Choix surprenant s'il en est, Hunt possédant un timbre bien plus caverneux que son prédécesseur.
Ce
Organised Chaos est bâti sur une majorité de mid tempo, un rythme de croisière idéal pour ce genre de death old school. D'entrée de jeu,
Suicide Rebellion annonce la couleur : riff épais et malsain, section rythmique lourde et énervée, chant outre-tombesque et parfaitement intelligible. L'urgence de
Grind Bastard n'est déjà plus là, le côté moderne non plus.
Benediction est retourné à une formule tout ce qu'il y a de plus classique. C'est à la fois surprenant et réconfortant ; on imaginait mal quelle évolution pouvait encore frapper le groupe et le fait de le retrouver en terrain connu est un gage de qualité.
A mesure que se déroule l'album, on a de moins en moins de répit. Avec des guitares œuvrant en de terribles reptations, lentes et accrocheuses, on est molesté en tout sens. Et quand le groupe se fait plus ambitieux comme sur le très bon
Easy Way To Die et son intro en son clean, il parvient à donner une leçon de death metal de fort belle facture, surtout que l'enchaînement avec l'un des rares up-tempo de la galette,
Don't Look In The Mirror, est synonyme de bris de cervicales.
Malgré des qualités d'écriture et d'interprétation indéniables,
Benediction se perd tout de même un peu en chemin. Très vite, il apparait évident que
Grind Bastard est et restera un album unique dans la discographie du combo anglais. Mais le groupe peine à renouveler sa formule, son death se fait répétitif et le manque de variété dans les tempos (presque tous les mid sont concentrés au début...) finit par briser l'effet souhaité. On peut perdre pied et commencer à s'ennuyer malgré les efforts des musiciens pour que la mayonnaise prenne. Mais il serait dommage de partir avant la fin, le titre éponyme est un final jouissif, sauvage et angoissant. Un point final qui laisse un peu amer : si tout le disque avait été de cette trempe...
En retournant à un style old school,
Benediction cherchait peut-être à rassurer sa fan-base ou à se rassurer lui-même. Cependant,
Organised Chaos pêche par un cruel manque de diversité (l'essence même du Chaos...). L'album est bon, mais on ne peut s'empêcher de penser que le groupe est quelque peu passé à côté de son sujet. Dommage. Son successeur n'arrivera quant à lui que sept ans plus tard...