A la fin des années 70, le punk commençait à connaître un certain déclin, même si certains combos arrivaient toujours à séduire avec souvent un style qui leur était propre (les
Clash en sont un bon exemple, comme
The Ruts. Mais déjà des groupes émergeaient, portant bien haut l'étendard du hard rock et du heavy metal, à une époque où les vieux briscards avaient du mal à garder la flamme :
Led Zeppelin allait connaître une fin tragique,
Uriah Heep tournait en rond,
Black Sabbath se croyait condamné avec le départ d'
Ozzy Osbourne parti tenter sa chance en solo,
Deep purple n'existait plus. Puis il y avait les
Judas Priest,
UFO,
Thin Lizzy qui montaient en puissance tandis que de jeunes combos se faisaient connaître comme
Def Leppard,
Motörhead,
Venom ou encore
Saxon. La NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal) prenait son essor et allait marquer au fer rouge l'histoire du genre.
Et parmi cette foule de groupes aux dents longues, il y en avait un qui faisait parler de lui sans avoir sorti d'album officiel, juste une démo, le fameux
Soundhouse Tapes. Ce groupe, c'est évidemment
Iron Maiden, qui s'était déjà forgé une sacrée réputation de groupe live. Formé autour du bassiste
Steve Harris, la Vierge de Fer est atypique. S'articulant autour d'un chanteur issu du punk, le combo semble avoir particulièrement grandi en s'envoyant du UFO, du Thin Lizzy... sans oublier qu'Harris est un fan de
Genesis, Genesis qui dans les 70 avait un visage prog, à l'opposé de celui des années 80.
Aidé par le manager
Rod Smallwood, Iron Maiden signe chez le tout-puissant EMI pour un premier album. Celui-ci sera éponyme et sa pochette sera marquante. Steve Harris aurait repéré cette toile à une exposition d'un jeune illustrateur,
Derek Riggs. Ce dernier deviendra jusqu'à
Fear Of The Dark le dessinateur officiel de Maiden et signera quelques unes des jaquettes les plus célèbres du monde du metal et de la musique en général. Iron Maiden a donc un visuel, une réputation, mais cela est-ce suffisant ? La notoriété du groupe aujourd'hui est telle qu'il n'y a guère de suspense. Non, évidemment que ce n'est pas suffisant, la preuve se fait par le disque et pour un premier album, la bande à Harris tape fort.
Même si la production est le grand point faible de ce disque, le style est déjà là, reconnaissable entre mille. Dès le premier morceau,
Prowler, on sait que l'on va déguster. A l'époque, cela sonnait brutal même si de nos jours tout cela devient relatif. Basse galopante, twin guitars qui se renvoient la balle lors de soli furieux (même si
Dennis Stratton a moins de feeling que
Adrian Smith, il y avait également une complémentarité de jeu avec
Dave Murray), batterie massive... Et que dire du chanteur ? Pour ceux qui ont pris le train avec un album sur lequel officie
Bruce Dickinson, la pilule doit être difficile à avaler. Car
Paul Di'Anno évoluait dans un registre bien plus agressif et sans trop de finesse, même si sa prestation est intéressante sur
Strange World. Il apportait alors au groupe une énergie toute punk, une virulence vindicative des plus irrésistibles.
Si Iron Maiden fait souvent parler la poudre (
Prowler, le titre éponyme qui est devenu un hymne absolu pour le groupe...), les influences progs de Steve Harris se font déjà sentir, comme sur les morceaux les plus ambitieux de l'album, les excellents
Remember Tomorrow et
Phantom Of The Opera aux constructions moins évidentes. Une certaine dose de rock'n'roll transpire également de cette galette, traduite par le remuant
Charlotte The Harlot ou le single
Running Free qui, lui aussi, a su s'imposer comme un classique au fil des ans. Les thèmes abordés sont froids, ils font références à la littérature fantastique, à l'horreur et s'intègrent parfaitement à l'univers que Maiden se crée.
Evidemment, il faut se procurer la version remasterisée de 1998 qui propose en plus
Sanctuary, un autre titre furieusement démoniaque et assassin, qui n'apparaissait pas sur la version originale de l'album. Ne serait-ce que pour avoir un aperçu plus complet du monstre dont cet album est le maléfique acte de naissance. Rapidement propulsé par les médias à la tête du mouvement NWOBHM (une idée d'un journaliste ce terme...), Iron Maiden est toujours en vie et peut se targuer d'avoir eu une carrière bien remplie. Maintenant, une question restera à jamais en suspens : qu'en serait-il du metal actuel si cet album n'avait pas été bon et si le groupe avait splitté dans l'indifférence la plus totale?