Peu avant la sortie de l'album, les membres de
Paradise Lost, amputés du batteur
Lee Morris, avaient annoncé un retour des guitares en avant plan, de quoi faire fantasmer une partie des fans qui avaient lâché le groupe dès le très bon One Second.
Draconian Times, le dernier opus à jouir de guitares lourdes, massives, reste une référence du genre qui plus est, de quoi attiser les fantasmes.
Aussi, quand cet album éponyme (après un premier opus s'appelant Lost Paradise, cela fait bizarre, comme si le groupe cherchait à boucler la boucle ou au contraire, tenter le grand coup commercial en projetant son nom comme une valeur sûre, garant d'un style défini) déboule sur les platines, la première écoute est irrémédiablement décevante pour la plupart, du moins pour ceux qui espéraient tant se rapprocher de
Draconian Times. Les adorateurs de Icon, on n'en parlera pas, ils sont déjà tous au bord du suicide.
En effet, si les guitares sont bel et bien de retour dans un registre plus heavy qu'auparavant où elles se disputaient la place avec des effets electro/new wave, il ne faut pas y voir un appel du pied à
Draconian Times. Le chant de
Nick Holmes, s'il explore de nombreux panels d'émotions, évite toute intrusion dans des domaines plus gutturaux. Evidemment, il est légitime de regretter les émotions du passé, cette voix chargée du désespoir le plus terrible... Ici, Holmes évolue dans des contrées plus mainstream, plus classiques, mais il chante bien. Il parvient sans peine à capter l'auditeur, parfois même à le surprendre au détour d'un refrain.
Puis au fil des écoutes,
Paradise Lost se dévoile. On se surprend à apprécier un passage à la guitare lead, quand
Greg Mackintosh, bien qu'il déteste cet exercice, consent à produire de courts soli qui apportent du relief aux compositions, qui leur confèrent un surcroît de vie. La structure des morceaux est également bien pensée, très compacte, laissant peu de place au surplus de sons. D'apparence dépouillé, ce disque est en fait très concentré et dans chaque interstice, le producteur
Rhys Fulber parvient à caser quelques effets electro du meilleur effet. Comme une continuité.
Ce disque éponyme n'est clairement pas un demi-tour complet. Si
Paradise Lost revient à un son de guitare plus épais, il consent à être moins immédiat et demande de cette façon plus d'attention. Il est intelligent de ne pas choisir la voie la plus évidente, celle de faire un
Draconian Times bis, qui ne saurait avoir la même saveur que l'original. Cet album est différent. Décevant au premier abord pour se dévoiler peu à peu, plus introspectif que
Believe In Nothing ou
Symbol Of Life, toujours moins heavy que les classiques des mid '90.
En proposant un album dont la force est aussi sa faiblesse,
Paradise Lost ne choisit pas la voie de la facilité. Comme d'habitude d'ailleurs. Ce disque est une bonne pioche pour découvrir le groupe, mais il aura du mal à s'imposer comme un classique du genre. En revanche, il ouvre magnifiquement le chemin pour son successeur, In Requiem.