Après la parenthèse GForce,
Gary Moore revient en Europe et enregistre son troisième véritable album solo entouré d'une équipe de tueurs. On retrouve
Neil Murray (
Whitesnake) à la basse, Ian Paice (
Whitesnake,
Deep Purple) à la batterie et le regretté
Tommy Eyre (Joe Cocker, B.B. King...) aux claviers.
Mais on peut s'entourer de monstres sacrés, si la qualité des compositions ne suit pas, on n'obtient pas un grand disque. Moore va se retrouver face à cet état de fait avec cet album. Encore marqué par son expérience américaine, l'Irlandais balafré va avancer à tâtons, sans vraiment prendre parti pour un style défini. Ainsi, on va retrouver des titres catchy, aux refrains enlevés (
Don't Take Me For A Looser) qui ne sauront pas forcément s'accorder aux ballades bluesy (
Always Gonna Love You). Ce n'est pas forcément un antagonisme, mais la cohabitation ne passe pas toujours très bien.
Gary Moore est un peu à part dans la caste très particulière des guitar heroes, dans le sens où il ne fait pas montre de son talent à tout-va, en un déballage qui pourrait devenir stérile. Son brio se révèle au début de l'excellent et quasiment heavy metal
End Of The World où il maltraite sa six-corde, la fait hurler de douleur, introduction stressante pour une fin du monde annoncée. Moore, ce qu'il aime, c'est le feeling. Il n'est pas spécialement calculateur, il préfère utiliser son instrument pour véhiculer de l'émotion. Ses soli sont presque toujours justes, jamais pénibles. L'école du blues, certainement. Malheureusement, le bonhomme n'est pas un très bon chanteur. Il chante juste, mais sa voix est parfois agaçante, notamment quand il cherche des notes qu'il ne peut pas atteindre. Et paradoxalement, sa voix peut de temps en temps donner un cachet particulier à un titre, comme elle le fait sur la très bonne reprise de Free,
Wishing Well. Succéder à
Paul Rodgers n'est pas chose aisée, surtout quand on a un registre aussi limité que Moore, mais l'Irlandais s'en sort bien. D'ailleurs, il est plus à son aise quand il doit apporter des lignes mélodiques avec son chant, donc sur les ballades et les low tempos, bluesy de préférence. L'école du blues, certainement.
Pas forcément homogène, ce disque s'écoute tout de même très facilement. Du hard rock classieux, avec ce qu'il faut de technique pour attirer l'oreille. Cependant, l'utilisation des claviers lui donne le coup de grâce. Des sons qui devaient déjà être "vétustes" pour l'époque sonnent complètement déplacés à présent et contrairement aux disques des '70, n'offrent aucune patine qualitative.
Corridors Of Power est bon, mais sans être génial. On pouvait s'attendre à mieux de la part d'un guitariste aussi doué que
Gary Moore, mais si les chansons ne sont pas à la hauteur des musiciens, on ne peut pas espérer avoir un chef d'oeuvre. En revanche, il marquera le départ d'une carrière solo mieux remplie, plus faste, qui atteindra des sommets avant de tutoyer un autre style cher au coeur du balafré : le blues.