Fin 1981,
KIss était dans une situation délicate : en perte de vitesse, la popularité du groupe s'étiolait rapidement, tandis que
Music From The Elder s'apparentait de plus en plus à un gros bide commercial. Le guitariste
Ace Frehley s'enfermait de plus en plus dans ses problèmes d'alcool et autres addictions, pensant que
Kiss était fini, que sa superbe n'était plus. Cependant, derrière,
Paul Stanley,
Gene Simmons et
Eric Carr font le grand ménage.
Bob Ezrin, instigateur de l'idée
Music From The Elder, est remercié et le groupe décide cette fois-ci d'appliquer son idée première, revenir à un style plus dans l'esprit
Kiss, plus chaud, plus hard, loin de toute approche disco.
Même si Frehley apparait sur la pochette et se trouve crédité, sa présence reste erratique. A tel point que des musiciens de session enregistreront la plupart de ses parties, comme
Bob Kulick,
Steve Farris ou un certain
Vincent Cusano. Ce dernier co-écrira certains titres de ce disque et intègrera le groupe pour la tournée, sous le nom de
Vinnie Vincent. Son masque portera le signe de l'Ankh égyptien.
Musicalement, le disque est rassurant. Dès les premières mesures du titre éponyme, on sait que l'ensemble sera puissant. Mais
Kiss voit plus loin que le hard rock qui a fait son succès et durcit encore le ton sur la plupart des morceaux, avec une optique clairement heavy metal, dans sa formule la plus dépouillée : riffs lourds, batteur immense qui matraque ses fûts fort, très fort, une frappe qui correspond pile poil à l'orientation prise par le groupe. Cusano n'est d'ailleurs pas étranger à ce renouvellement. Le jeune homme a des goûts modernes et dépoussière cette institution américaine qu'est
Kiss.
I Love It Loud, monstrueux, hymne définitif, est le symbole de cette avancée. Avec son refrain fédérateur, ce titre a été le single logique de l'album, l'image d'un
Kiss en pleine confiance et conquérant, construit autour d'une batterie pachydermique et d'une guitare sournoise, laissant à peine la place à un solo qui plus long n'aurait pas eu lieu d'être. L'alchimie est là, du grand
Kiss. Autre morceau qui ne peut laisser indifférent, la ballade
I Still Love You, toujours co-écrite par Cusano. Paul Stanley y livre une excellente prestation vocale, artisan d'une montée en puissance absolument jouissive.
Cependant, le groupe n'est pas tout à fait guéri. Certains morceaux sont anecdotiques, presque indignes de figurer sur cette galette.
Saint And Sinner en est l'exemple, insipide et peu intéressant, il ne correspond pas à l'esprit général dégagé par l'album. Avec son orientation plus rock, il marque le pas et fait pâle figure face aux monuments que sont
Rock And Roll Hell et
War Machine, pièces heavy de Gene Simmons écrites en collaboration avec les jeunes
Jim Vallance et
Bryan Adams.
Creatures Of The Night est l'album de la résurrection pour
Kiss. Dédié à
Neil Bogart, fondateur de la maison de disque Casablanca et premier fan de
Kiss, cet opus ne réconciliera pas franchement les musiciens avec son public américain (la tournée US ne sera pas un franc succès), mais connaîtra une très belle carrière internationale, notamment en Amérique du Sud. Les années d'errance artistique semblent passées et avec l'émergence d'une nouvelle scène qui lui doit beaucoup,
Kiss sait qu'il lui reste encore beaucoup à faire. Et il prendra le taureau par les cornes dès le prochain album, le puissant Lick It Up.