La pochette est un indice en soi. Le gros truc, que même Derrick n'aurait pas pu laisser passer. Une tête de démon proche de celle de Coma Of Souls de 1990. pour tout dire, c'est la même, avec l'ajout d'un copain esquissé sur le côté et un crâne moins ouvert.
Violent Revolution annonce donc d'entrée de jeu un retour aux sources, après une décennie difficile pour
Kreator, entre changement de style, de line-up, de personnalité, avec en point d'orgue un Endorama proche de l'excellence, mais définitivement trop en-dehors d'une marque de fabrique
Kreator.
Puis il y a le premier morceau, au titre évocateur :
Reconquering The Throne. Un aveu du groupe qui cherche à reprendre ce qui lui appartient de droit, à savoir le leadership d'une scène thrash allemande, voire européenne ? Il y a de cela, assurément; Sinon comment expliquer une telle déflagration, une telle violence après un album plus posé, réfléchi et inhabituel comme Endorama ?
Mille Petrozza a compris qu'il provoquait une cassure dangereuse avec sa fan base et il a pris les mesures qui convenaient alors. Il se sépare d'abord de
Thomas Vetterli, l'ancien
Coroner, qui avait réussi à apporter un semblant de stabilité à
Kreator. Son remplaçant est un jeune guitariste du nom de
Sami Yli Sirniö, connu des amateurs de Waltari.
On pourrait penser que le son
Kreator se débride encore plus avec cette arrivée inattendue, presque surprenante, mais il n'en est rien. C'est bel et bien à un retour en arrière que nous convie Petrozza et même si on a aimé, voire fantasmé sur Endorama, il y a quelque chose d'infiniment plaisant à retrouver les teutons dans un registre proche de celui de leur âge d'or, sans forcer le trait comme pour
Cause For Conflict, sans sombrer dans un désespoir sans fond à l'instar d'un
Outcast, sans revirement indus à l'image d'un Renewal par lequel était arrivé le scandale... Du thrash burné, capable de conserver une approche mélodique, notamment durant les soli, tandis que Petrozza n'est pas content et nous le fait savoir avec un chant très sec, malsain et violent.
La première partie de l'album est de grande qualité. Outre le fabuleux
Reconquering The Throne, on assiste à d'autres grands moments, comme le vindicatif titletrack ou le mid tempo lugubre qu'est
Servant In Heaven - King In Hell. Mais par la suite, l'ensemble commence à perdre en impact, les titres deviennent difficilement dissociables. Certes, on savoure le morceau de bravoure qu'est
Replicas Of Life et son introduction doucereuse, mais il y a tout de même pas mal de redites, comme si
Kreator jouait la carte de la facilité ou au contraire, n'osait pas approfondir son sujet de peur d'en dévier radicalement.
Pour les amateurs de thrash teuton, ce
Violent Revolution est une bonne donne. Radical, puissant, arrogant par moment même, il ravive la flamme que le groupe avait laissé s'éteindre avec l'échec commercial de Renewal. Ceux qui ont aimé Endorama et connu
Kreator par son biais risquent d'aller vers une déconvenue grand format. Pour ceux qui suivent la bande à Mille Petrozza depuis les débuts, ce sera un disque agréable, mais juste un disque de plus dans la discographie d'un groupe qui a forgé sa légende avec une violence audacieuse...