A événements particuliers, concert exceptionnel. Le Wacken Carnage de
Bloodbath est, pour démonstration, souvent cité en référence par le public amateur de Death Metal. On parle de live d’une qualité rare, à l’intégrité parfaite, à la valeur certaine. Le packaging oblige à oblitérer l’envie d’user du mot « charme » pour exposer une de ses qualités ; mi-classieux car tout en sobriété, proche de l’imagerie artistique de l’œuvre contemporaine et mi-insupportable car relevant d’un gore volontairement explicite mais en accord avec le style et la portée de l’univers des suédois, plus proche du Death crasseux aux thèmes Romeroens que du Death moderne d’un
Gojira, l’emballage divise certainement. Le contenu, lui, rassemble.
Un DVD et un CD en tout point égaux, même pistes, même son, le premier ayant bien évidemment l’avantage de l’image, sans toutefois proposer de bonus, gros défaut de l’ensemble. Une double offre donc, et même triple, car ce concert, donné par
Bloodbath au festival allemand Wacken, est historique dans l’histoire du combo pour plusieurs raisons. La première serait tout d’abord la présence de Mickaël Akerfeldt au chant, revenu d’entre les morts après le passage de Peter Tägtren dans un Nightmares made flesh redoutable. Ainsi, la formation originale est de retour, de surcroit sur scéne, après un album auquel n’a pas participé Akerfeldt – chose notable, intéressante pour ce dernier – mais aussi dans une euphorie compréhensible : ce concert est le premier de
Bloodbath.
« This is our first ever gig » lance le frontman à la face du public et du spectateur déjà soufflés par les entrées en matière monstrueuses que sont « Cancer of the soul » et « So you die », directement enchainée à merveille. L’idée même que ce live soit le tout premier du groupe a de quoi décrocher la mâchoire tant l’exécution est sans faute et le son si propre. Si l’on peut avancer comme argument le fait que chaque musicien est déjà un professionnel, n’oublions pas la cohésion d’ensemble, une formation se devant d’être une véritable entité sur scéne, chose qui n’arrive qu’au bout d’un certain temps, de plusieurs tournées et prouesse que
Bloodbath propose dès son baptême. La performance est véritablement bluffante musicalement parlant. Le choix des titres est déjà, lui, très bon. De « Like fire » à « Ways to the grave » en passant par la dantesque « Bastard son of God » (dont le titre ne supplée point en violence la musique, décoiffante) et « Breeding Death »,
Bloodbath ratisse large, proposant tous les titres de sa première demo – qui prennent véritablement leur ampleur en live – ainsi que les meilleurs éléments de son premier album et les morceaux cultes du dernier en date (« Eaten » en tête).
Setlist impeccable interprétée avec brio. Le son y est pour beaucoup, efficace, propre, laissant à chaque note le soin de s’exprimer sur son terrain de jeu, dépassant ainsi en ressenti malsain la qualité de l’album sur certains passages en arpège, ambiancés (« Breeding Dearth », « Ways to the grave », « Like fire », « Outnumbering the day » et « Furnace funeral ») et alors totalement magnifiés. Véritablement, un son de guitare parfait. Côté visuel, le tout est sobre. L’ambiance festival diffère de la salle c’est certain, les plans sur le public ont un autre impact, on est en plein air, point de réunion secrète, c’est une communauté qui est rassemblée devant un groupe aux habits en lambeaux, usés et couverts de sang. Peu original c’est certain, mais dans le trip old school du combo toujours. Le grain de l’image est à noter également, car il fait l’originalité du DVD.
Bloodbath a visiblement choisi une qualité particulière, à la limité du brouillon. L’ensemble fait vieillot, vieux film de zombies en fait, ce qui colle avec l’univers mais qui reste à apprécier.
En dehors de toute performance musicale, la présence des musiciens est intéressante. Le bassiste ne bouge quasiment pas, ce qui équilibre l’énergie de fou furieux déployée par le légendaire Dan Swanö, visiblement heureux d’être ici, haranguant la foule avec sa meilleure voix de possédé, arborant des rictus démoniaques et laissant pendre une langue visqueuse tout en se secouant dans tous les sens. Terrifiant et charismatique, d’autant que le voir jouer de sa fameuse guitare à l’envers est impressionant du point de vue technique. En fin de compte, Akerfeldt et lui occupent l’espace, le premier, évoluant sans guitare – ce qui peut paraître bizarre aux amateurs de
Opeth – se délectant de son rôle, jouant avec le public afin qu’il applaudisse et gueule en voix Death Metal, puis plus aigu, jusqu’à demander une voix Dani Filth, ce que font les festivaliers, chose très drôle bien que répétitive (il le demande plusieurs fois). Axe, quant à lui, est à l’aise derrière ses fûts, et les blasts ainsi que les passages infernaux à la double-pédale semblent n’être qu’une formalité administrative comme sur « Bastard son of God » ou « Soul evisceration ». Sidérant.
The Wacken Carnage, plus qu’un live, est une démonstration de la puissance d’un groupe jugé all-star band et qui prouve que les destins individuels peuvent coincider avec le collectif, proposant par là une performance culte dans le paysage des concerts Metal, un objet à posséder pour l’amoureux du Death Metal ou de la musique extrême en général. C’est aussi le retour de la formation de base, le début d’une nouvelle ère. Si l’on peut regretter l’absence de bonus, le packaging et le contenu offerts en font un indispensable, un must de leur discographie.