Le retour de Mickael Akerfeldt à la tête de
Bloodbath sur Unblessing the Purity pouvait prendre plusieurs significations pour le fan hardcore :
1) Exit les digressions proprettes engendrées sur Nightmares of flesh
2) Bonjour le son old school de l’excellent Resurrection through carnage
3) Retour à l’efficacité et non à l’epérimentation
Mais la déconvenue est d’autant plus grande que l’évolution du groupe témoigne d’une poussée vers un avant encore plus important que celui opéré dans Nightmares made flesh. Akerfeldt et sa bande ont abandonné le son crado, ils jouent précis, propre et puissant et leurs compositions semblent perdre en personnalité. Unblessing the Purity n’était qu’une amorce d’un style
Bloodbath revivifié dans The Fathomless Mastery, diviseur mais passionant.
La mèche de la dynamite s’est consumée, le nouveau
Bloodbath est là, proche de ses bases mais éloigné de son essence. Soulevant des contraddictions étranges mais séduisant, le dernier bébé des suédois est un mélange de tout ce qu’ils ont pu nous proposer jusqu’ici. Le son a évolué, gagnant encore plus en clarté, il laisse apparaître une musique qui a elle aussi changée – au niveau du ressenti - pour devenir un Death Metal occulte, malsain et sans concessions. Plus homogène que ne l’était Nightmares made flesh, The Fathomless Mastery se rapproche de Resurrection through carnage pour l’impression qu’il dégage : les morceaux constituent un tout construit qui dégage une ambiance non plus old school et proche du trip film d’horreur de série Z pourtant mais old school dans le moderne, avec un zeste de satanisme et de damnation intéressant.
Bloodbath expérimente moins que sur Nightmares made flesh et nous raméne parfois dans des méandres obscures plaisantes (« Mock the cross », viscéralement diabolique, possède un riff proche de
Morbid Angel ou plus récemment
Gojira).
Le délire de fanboys d’une vieille scéne américaine transmettant images de cadavres et de zombies est terminé,
Bloodbath va dans l’imagerie anti-chrétienne, il véhicule à travers un Death Metal puissant et souvent inventif (les mélodies abyssales de « Hades Rising » sont démentes et modernes) un satanisme presque Black Metal, fait d’ambiances froides et malsaines au possible, qui se mêlent très bien à l’artwork, superbe, représentant des damnés, les « oubliés » du Paradis et de l’Enfer. La musique de
Bloodbath n’a en fait jamais aussi bien fait ressentir des choses. Resurrection through carnage était efficace, le son lui donnait son ambiance ; The Fathomless Mastery distille ses atmosphères dans les mélodies même, démoniaques au possible et à la précision chirurgicale (« Drink from the cup of heresy »), et raméne
Bloodbath au terreau des formations old school, tout en proposant une modernité sonore et parfois mélodique complexe. Cela n’empêche cependant pas The Fathomless Mastery d’être parfois décevant, notamment sur des morceaux sans intérêt comme « Process of disillumination » ou « Devouring the feeble » ou en oubliant parfois de placer davantage de riffs à l’impact séduisant, sans fastes mélodiques.
En fin de compte,
Bloodbath opére avec The Fathomless Mastery non pas une révolution, l’album se rapprochant plus de Resurrection through carnage, relevant plus de
Morbid angel que de formations modernes. Son intérêt réside en fait dans cette ambiance véhiculée, nouvelle dans l’œuvre de
Bloodbath qui n’était jamais apparu aussi satanique et malsain qu’à travers cet album tourné vers les damnés. Moins bon que Nightmares made flesh, le dernier
Bloodbath donne à voir autre chose, d’autant qu’en dehors de l’atmosphère, Akerfeldt et Axe sont excellents sur cet album. Les quelques recherches ne révolutionnent rien (le final Doom de « Wretched human mirror » ou les polyrythmies de « Iesous »), reste que le
Bloodbath nouveau ne nous montre qu’une seule chose : il fait du neuf avec du vieux et inversement.