Il y a des albums qui sont délicats à appréhender et nul doute que ce Part 1 de
Human Fate en fasse partie. La démarche n'est pas courante, ou plutôt, elle a déjà été débattue par certains groupes comme
Sepultura,
Angra ou
Soulfly pour ne citer que les plus connus, mais les formations à se lancer dans pareille entreprise ne courent pas les rues.
En effet,
Leo Noble et
Nicolas Kiehl se sont dessinés un monde musical mêlant allègrement metal et sonorités tribales ou plus world, dont le thème principal est la destinée humaine. L'ambiance sylvestre qui y règne n'est pas optimiste, loin de là, contrebalancée par une rage où s'entend le désappointement ironique de l'homme face à son sort. Et alors, nous pénétrons dans un univers riche et varié, qui vous prend aux tripes pour vous mener vers une expérience des plus intéressantes. Quand le metal sort des standards, quand il parvient à muter au gré des expérimentations, il peut devenir à la fois onirique et jouissif, capable de vous donner le grand frisson.
Si Leo et Nico forment l'ossature de
Human Fate, ce projet n'est pas encore un véritable groupe, du fait qu'il manque des musiciens pour compléter le line-up. Aussi, pour donner des couleurs à l'ensemble, apporter une certaine fraîcheur aux compositions qui émaillent cet album, ils ont fait appel à des invités qui viennent tous poser leur empreinte sur cet humus frais. Nous pénétrons ainsi dans une jungle luxuriante, guidé par des mélodies doucereuses, que des riffs brutaux tranchent sans autre considération. Principalement, le chant est typé death, agressif. Quand les deux facettes musicales se mêlent, le résultat est étrangement planant, propice à des montées en puissances harmonieuses.
Mais tout n'est pas issu du même terreau sur Part 1. Ce serait trop facile. Certaines pistes gagnent en finesse avec l'intrusion de percussions tribales et de chants plus mélodiques (
Seed Of Creation), qui détonent avec l'ambiance générale tout en gardant une logique conceptuelle. Ainsi, une composition comme la superbe
White Pollen à la mélodie entêtante ne pourra pas vous laisser indifférent. S'agissant certainement du morceau le plus abordable de cet album,
White Pollen est une alchimie parfaite entre une musique plaisante et limite shamanique et le chant de
Lameck, invité pour l'occasion. Une petite merveille, mais qui risque de paraitre trop "différente" pour certains.
Avec ce premier opus,
Human Fate risque de ne pas passer inaperçu. C'est frais, incroyablement vivant et tout de même assez sombre. On peut regretter la prédominance du chant death comme on peut s'en réjouir. Par moment, il serait appréciable qu'il soit plus habité pour nous prendre encore plus aux tripes. En définitive, le chant répond à une sensibilité qui ne sera peut-être pas du goût de tous, mais c'est un parti pris raisonnable et réfléchi qui ne manque pas de pertinence.
Moins prévisible que
Soulfly, moins barré qu'un
Orphaned Land,
Human Fate pourrait devenir une incarnation plus extrême de l'excellent
Tribe After Tribe. En espérant que la formation devienne rapidement un véritable groupe et qu'il nous revienne avec un nouvel album tout aussi bon, voire encore meilleur.