Les quelques enregistrements des méfaits déchéants du Kommando
Peste Noire, devenu à ce jour
Peste Noire, ont portés à polémique, ont remués le monde Black Metal. Les tapes aux relents flétris et pétris de malséance (
Macabre Transcendance...) nous ont emplis d'une joie malsaine jusqu'au bout des ongles. Du logo (le crâne rieur, à vous de trouver d'où il vient) aux titres ("J'Ejaculerai Sur Vos Décombres Fumants") en passant par des pochettes comme celle de Aryan Supremacy, encore une fois, la provoc' est vite vue. Certains se diront que le KPN est encore un groupe de Black enfantin et que s'attarder sur les imbécilités de Famine n'est pas du plus grand interêt. Ceux-ci se trompent intégralement, et passent à côté d'une grande œuvre. Cette première grande œuvre, c'est aussi le premier full-lenght de
Peste Noire.
La Sanie des siècles - Panégyrique de la dégénérescence. Ode à la putréfaction intemporelle faite de sang et de pus (la sanie). Ce sang est sa
muse ; ce pus est sa musique, et Famine frappe un grand coup – de rangers ? – dans une société de faux-semblants et de bienséance. Par son Art Noir marginal et dégueulasse, il vomit son déclinisme directement dans nos oreilles. Et le pire, c'est que c'est excellent et qu'on en redemande. Reprenant le Mort Joyeux (Beaudelaire) en ouverture, le ton est donné.
"Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde."
Agressif et sans vergogne, l'horrifiante pandémie musicale s'avère comporter une véritable beauté, agrémentée d'orgue comme sur la nouvelle version de Phalènes Et
Pestilence. Par dessus le son grésillant et aigre de cruelles guitares, se pose avec grâce une autre six-cordes, classique cette fois, donnant un ton tant chaud que mélancolique aux differents titres (voyez la superbe Dueil Angoisseus et ses envolées de guitare aux riffs tout droit venus des temps sombre du XIVe siècle), tandis qu'une basse lourde groove en fond. Un autre point très positif de l'album : la voix déglinguée, crasseuse, sans vie et pourtant si puissante. Famine force sa voix, la pousse dans les derniers retranchements, entre étouffement et cri de condamné. Le meilleur exemple étant encore une fois sur Dueil Angoisseus, où on le penserait fou pestiféré.
Musicalement extrêmement bien interprété et composé, entraînant et mélodieux il n'en est pas moins odieusement infernal dans son ambiance.
Peste Noire a un certain panache. Mais celui-ci est loin d'être immaculé. Ici encore, la provocation a sa place : "Hooligan Black Metal", Laus Tibi
Domine chantée tout en latin, qui est en fait une prière détournée et adressée à Satan ou bien encore les paroles amorales de "Des Médecins Malades Et Des Saints Séquestrés". L'effet est assuré, nous immergeant encore plus dans l'univers décadent du groupe. C'est avec une aisance déconcertante qu'il nous transporte dans un monde rongé par la peste, l'horreur et totalement déshumanisé. Un monde qui est le notre.
Peste Noire, derrière son flot d'immondices provocateur, est le barde apocalyptique des malheurs et horreurs de notre monde. Sa haine, sa volonté de destruction – si ce n'est d'auto-destruction – fait foi et ne peut que transporter l'auditeur. L'orgue funéraire nous endort sur notre lit de mort, et le reste de l'album se charge de nous ronger la cervelle, comme le feraient des asticots.
"O vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux"
A la fois musicalement délicieux (allez donc jeter une oreille sur les riffs de "Des Médecins Malades Et Des Saints Séquestrés" ou encore de cette intro en putréfaction qu'est "Nous Sommes Fanés" !) et moralement répugnant,
Peste Noire a fait une perle qu'il sera très difficile d'égaler. Album incontournable du fleuron du Black français, il nécessite plusieurs écoutes afin de véritablement entrer dedans et l'apprécier à sa juste valeur. Ce chant élevé à l'infamie relève de l'obélisque.