A force de trop donner de soi, à force d'aligner les tournées et les albums, il arrive qu'un groupe perde pied et se retrouve au bord de l'implosion, d'un point de vue artistique ou même personnel. C'est ce qui est arrivé à
Rammstein pour ce Rosenrot sans trop de saveur.
Malgré une pochette superbe, relecture de la jaquette japonaise de l'album
Reise Reise (là où l'on avait du se contenter de cette boite noire), ce disque sent le bâclage à tout va. C'est simple, ce disque pourrait être le jumeau de Reise Reise s'il respectait plusieurs conditions. Le style est le même (à savoir un electro-metal qui tend de plus en plus vers la pop), on n'est pas franchement surpris par la direction prise, mais le rapport qualité prix n'est pas le même. Reise Reise (on reviendra souvent sur cet album en définitive) malgré son allègement dans le style, contenait de très bons titres et pouvait même se targuer d'être un bon disque, agréable, jamais poussif. Certes, on est loin de l'ambiance d'un
Sehnsucht, mais on tenait tout de même un bon cru. Rosenrot, en comparaison, c'est un vin de table, trop paresseux pour flatter le palais, dont l'absence de tanins endort les papilles.
A l'écoute de Rosenrot, on a la désagréable impression qu'il s'agit d'un disque de récupération, comme si le groupe s'était contenté d'aligner les chutes de studio de Reise Reise pour réaliser un album à la va-vite, tout en sachant - et c'est peut-être là l'un des points les plus gênants - qu'il allait forcément se vendre. Le nom de
Rammstein n'est-il pas un gage de qualité dans l'esprit collectif après tout ?
Tout n'est pas à flinguer cependant. Parmi les titres, on trouve quelques bonnes surprises, qui tirent l'ensemble vers le haut, même si tout peut sombrer au détour d'une autre composition plus indigeste.
Benzin est une entrée en matière classique pour
Rammstein. Ambiance martiale, rythmique très carrée, chant accrocheur de la part de
Till Lindemann qui livre ici une prestation bien sympathique. Le rapport avec le feu est là même si on reste un peu sur sa faim. Combien de
Benzin Rammstein a-t-il déjà écrits ? A raison d'un single par album, on dira au minimum... 5 ? Donc pas de grosse surprise en vue.
Spring est également agréable, avec son alternance de passages calmes et d'autres où la guitare se fait plus rude, ainsi que
Zerstören et son ambiance orientale habilement glissée dans des murs de guitare, où la voix au début semble provenir tout droit d'un menuet.
Puis il y a les ratages, les morceaux que les membres auraient dû retravailler, voire négliger.
De Quiero De Puta (toi-même, pasque c'est celui qui dit qui est, non mais !) déjà, qui ne trompera personne bien longtemps avec son chant en espagnol et son côté hispanique qui est là pour donner un aspect exotique et décalé à la chose mais qui manque singulièrement d'à-propos et en définitive, de corps. On peut également s'attarder sur l'affligeant
Stirb Nicht For Mir (Don't Die Before I Do) sur lequel
Sharleen Spiteri de
Texas fait une apparition, mais où elle-même ne semble pas trop y croire... Dommage, il y avait un potentiel à mêler la voix de la demoiselle avec celle de Till.
Avec Rosenrot,
Rammstein peine à retrouver la formule qui avait fait de le succès de Reise Reise et perd pied à plusieurs reprises. Ce n'est pas un hasard si le groupe n'a pas défendu cet album sur scène et s'il s'est octroyé un long break pour relancer une machine qui parait bien grippée. Pas nul. Certainement pas bon. Juste quelconque et c'est ça le plus décevant.