Après huit ans d'existence,
Deviant Surgeons sort son premier album et la première constatation est que le côté grind des jaquettes précédentes semble avoir quitté l'artwork du combo de Boulogne S/Mer. En effet, si celle-ci reste relativement agressive, elle n'est en aucun cas gore. Le groupe se serait-il assagi ?
C'est ce que l'on pourrait penser à l'écoute du premier titre,
Introspection. Un court instrumental en guise d'amuse-bouche, qui aurait très bien convenu à un groupe de metal symphonique puisant son inspiration dans des gouffres de noirceur. Une introduction lugubre, digne d'un film d'horreur grandiose et grandiloquent, le calme avant la tempête. Car le riff de
Venomous Blasphemy est là pour remettre les pendules à l'heure :
Deviant Surgeons pratique un death brutal saupoudré de touches grindcore et compte bien en mettre plein la vue !
Le groupe joue fort et violemment. La batterie blaste sévèrement, véritable marteau pilon qui assène des coups sur le cortex, tel une pioche ayant brisé la boîte crânienne. Mais
Deviant Surgeons n'est pas bêtement brutal. Il développe un côté technique bienvenue qui permet de placer des plages plus sombres, angoissantes, bien plus lentes au sein de la même composition. Par des breaks ou des décélérations soudaines, s'attardant sur des parties de guitare lead plus mélodiques, les musiciens fragmentent leurs morceaux pour créer des montées en puissance. Ou, plus singulièrement, provoquer la perte de vos cervicales lors de passages mid tempos appuyés propices à une séance de headbang intensive.
Ainsi,
Venomous Blasphemy est une tuerie en règle, mais ce serait ignorer le plus posé mais terrible
Our Perception Of Perfection In Perversion, lent et malsain, ou le morceau de bravoure qu'est
Personihility : Destroy We Must, qui assure un final dantesque. Si
Vociferoce (chant) et
Ravenous (batterie) semblent apprécier les jeux de mot, ils misent également sur un côté gore et vindicatif dans leurs paroles, confortant ainsi leur idée de jouer un death metal inspiré de la décadence humaine.
Malheureusement, le disque souffre d'une production un peu trop renfermée, trop brouillonne pour mettre réellement en avant toutes les qualités du groupe. Ainsi, un morceau comme
Complete Vengeance perd de sa force, de son expressivité. L'impression d'avoir un matelas de guitare posé sur un sommier de batterie rend le tout parfois trop indistinct et c'est dommage vu le potentiel affiché sur les morceaux les plus clairs de la galette. On peut également noter une certaine redondance d'un titre à l'autre, impression due justement à la prod.
Deviant Surgeons est un groupe qui ne manque pas d'intérêt et ce premier véritable album demeure malgré ses défauts une (très) bonne surprise. Une vision brutale du death, mêlé à des influences plus grind qui ne font pas de ce combo un pionnier de l'originalité, mais lui assurent une efficacité à toute épreuve. A découvrir et mieux, à soutenir.