Shagrath, tout le monde (ou presque, ceux qui sont rentré dans le metal aujourd'hui à 8h45 ne savent peut-être pas de qui il s'agit) le connait : leader charismatique de
Dimmu Borgir, artisan avec
Silenoz du succès commercial du groupe (ce qui n'est pas forcément rare dans le domaine du black metal, les best sellers étant plus nombreux que ce que l'on croit, à un degré certes moindre qu'un Back In Black, évidemment) et grand amateur de hard rock des années 80. Voulant s'éclater en jouant la musique, qui lui plaisait, le jeune homme prend la guitare et s'entoure d'amis,
Luna à la basse,
Ricky Black à la seconde guitare,
Tony White à la batterie et
Eddie Guz au chant et s'en va explorer les contrées du rock'n'roll graisseux à grand renfort de riffs suintant l'huile de vidange.
Doomsday Rock'n'Roll de Chrome Division, c'est la rencontre entre
Motörhead et The Black League pour ce côté rock suintant, énervé et rapide, un brin marqué par le punk, le vieux punk, celui qui ne sonnait pas comme du rock britannique. C'est jouissif dans la forme, dans le fond, mais il est difficile de prendre un tel projet complètement au sérieux. Certes, l'ensemble est très bien fait, c'est très direct, immédiat comme musique, on n'a pas le temps de s'ennuyer, mais rien ici ne laisse transpirer quelque chose d'original ou qui n'a pas déjà été fait dix, vingt, trente ou cent fois dans le genre.
De toute manière, le but clairement affiché de Chrome Division n'est pas de casser trois pattes à un canard, mais de passer un bon moment et surtout de jouer la musique dont on a envie, une grande première pour Eddie Guz qui ne vient pas du milieu metal et qui a rapidement trouvé ses marques, posant sa voix comme autant de glaviots avec un style plus qu'acceptable, genre
Lemmy avec des cordes vocales en meilleur état, capable de nuancer le propos. Venir d'un milieu plus rock que metal s'avère une très bonne chose dans ce cas, le chant sonne de façon très naturelle et l'osmose avec le groupe se fait très facilement. Cela coule de source. C'est jouissif. Cela fuse bien.
Il n'y a pas grand chose à reprocher à un tel disque, qui distille ce qu'il faut pour être un bon album de rock'n'roll sévèrement burné : c'est gras, jouissif, parfois brouillon juste ce qu'il faut pour ne pas être assimilé à la vague des disques qui sortent à la chaîne avec un son aseptisé. On se laisse facilement happer par cet esprit frondeur qui s'étale tout du long, de façon correct même si ce n'est pas très imaginatif. Et c'est là que va résider le principal défaut de Chrome Division : cette répétition continuelle de plans archi connus et prévisible, bon enfant mais qui montre tout de même un certain manque d'inventivité, comme si tout a déjà été fait et que faute d'innovation, il reste le clin d'oeil appuyé à telle ou telle légende des années 70/80. Pas de quoi être radicalement néfaste pour le groupe qui n'était qu'un prétexte pour Shagrath, une façon de s'éclater loin de la sophistication de
Dimmu Borgir (on peut tout de même se demander si se concentrer sur son groupe principal n'aurait pas été une meilleure chose à cette époque...).
Comme
Mike Amott avec Spiritual Beggars, Shagrath dispose avec Chrome Division de son groupe vintage. Mais si le premier était parvenu à plusieurs reprises à capturer une âme psychédélique et stoner à la fois, le second joue plus sur la carte de l'immédiat. On a connu pire, on a connu mieux. Doomsday Rock'n'Roll n'est pas à prendre au sérieux, mais pour ce qu'il est : un bon divertissement, pour les amateurs d'un son à la
Motörhead.