Avec son premier album éponyme,
Blue Öyster Cult avait esquissé les contours d'un hard rock heavy et classieux, souvent halluciné, venu d'ailleurs. Avec son second album, écrit sur la route, le groupe américain compte bien enfoncer le clou. Renouant avec le style du premier opus au niveau de la pochette au trip science-fictionnesque, le Culte de l'Huître Bleue avait-il les armes pour faire mieux ?
The Red...
Pour comprendre un peu mieux cet album, il faut revenir à son époque, quand il était paru au format vinyle en 1973. Le face A de ce disque était nommée "The Red" et regroupait des morceaux à tendance hard bien heavy. Jusque là, pas d'énormes surprises, le groupe joue bien et maîtrise complètement son sujet.
The Red & The Black est une tuerie d'entrée de jeu. Riff rapide dans une tradition rock'n'roll tout bonnement jouissive, ponctué d'un solo de
Donald Roeser épatant. D'ailleurs il sera l'un des grands messieurs de cet album, avec son toucher précis et plein de feeling... l'un des guitaristes les plus sous-estimés de sa génération, hélas. Autre grand homme,
Eric Bloom impose sa classe de sa voix particulière, très agréable.
Cette première facette évolue dans ce registre, volontiers lourd et acéré, en proie à des pointes de vitesses explosives ; un groupe en apparence plus solide que sur le premier album, qui s'attache à ses racines blues (
7 Screaming Diz-Busters) et qui n'hésite pas à utiliser les nouvelles technologies qui s'offrent à lui (les synthés d'un autre âge sur
O.D.'d Life Itself...).
Blue Öyster Cult ose également se lancer dans des compositions vertigineuses, propices aux changements de rythmes, effrontées, peut-être même un peu orgueilleuses. Mais le résultat est là, probant. C'est première partie est tout simplement excellente.
The Black...
Et quand on retourne le disque (hé toi au fond, je parle du vinyle, n'essaye pas avec ton cd, merci pour lui !), on a l'impression d'avoir affaire à une autre formation. Le contraste est frappant. La musique se fait plus éthérée, plus mystérieuse, plus extra-terrestre. On entre dans un monde plus posé, plus poétique, comme le démontre le subtil
Baby Ice Dog, co-écrit par une jeune inconnue,
Patti Smith, qui aura une importance cruciale pour la suite de la carrière du combo.
On pénètre dans un univers volontiers psychédélique, gorgé de soul (
Teen Archer), franchement déstabilisant. Le chant est comme possédé, les parties instrumentales, dans un trip plus cool, d'une grande fluidité. Derrière ses claviers,
Allen Lanier fait progresser le son hard rock de l'époque en se démarquant de l'alliance guitare/orgue Hammond. Ici, son instrument est plus en retrait, il n'en impose pas à première vue. Et pourtant, au fil des écoutes, la trame se détend et l'on découvre l'énorme travail de fond accompli à ce niveau.
On comprend aisément que
Blue Öyster Cult soit devenu... culte justement.
Tyranny And Mutation a bien sûr pris un petit coup de vieux sur les passages les plus incisifs, mais l'avant-gardisme de cette musique particulière explose encore de nos jours. Ce n'est certainement pas le groupe le plus abordable dans le metal des années 70 et son éclectisme affiché peut en désorienter plus d'un, mais ce disque reste un chef d'oeuvre du genre, qui sera cependant surpassé un an plus tard. Monstrueux, tout simplement.