The Age of Nero est le septième et dernier album en date des Norvégiens de
Satyricon et il est sorti en 2008. Occupant une place à part parmi les groupes fondateurs du black metal, les natifs d’Oslo demeurent parmi les plus respectés du genre, et ne sont plus à présenter. Avec l’incontournable duo de Frost à la batterie et de Satyr en chanteur multi-instrumentiste, le premier album du groupe reste un des grands classiques du black norvégien des années 90, au même titre que "Transylvanian Hunger" de
Darkthrone, "In the Nightshide Eclipse" d’
Emperor, "De Mysteriis Dom Sathanas" de
Mayhem ou "Pure Holocaust" d’
Immortal.
Alors que leurs trois premiers albums ("Dark Medieval Times" paru en 1993, "The Shadowstrone" en 1994 et "Nemesis Divina" en 1996) s’imposaient donc comme des standards du black metal norvégien (production minimaliste, ambiances froides, fascination pour le Moyen-âge, les traditions nordiques et une nature mystique, …), le groupe s’éloigne sensiblement de ses compositions initiales avec la sortie de "Rebel Extravaganza", en 1999. Depuis, les sorties du groupe ont approfondi cette évolution vers un « black’n’roll » sombre, aux riffs incisifs et accrocheurs et fréquemment teinté de touches tantôt industrielles, tantôt franchement planantes. Cette évolution n’a évidemment pas plu à tout le monde, et en premier lieu aux amateurs du
Satyricon des débuts, qui ont parfois crié au scandale, reprochant aux Norvégiens d’être des vendus, voire de les avoir trahis au profit d’une musique plus accessible et « mainstream » en reniant leur black metal initial. Force est en effet de constater que le
Satyricon des années 2000 n’a plus pas grand-chose à voir avec celui des années 1990.
Quant à ce "The Age of Nero", il a beaucoup de chances de plaire à ceux qui auront apprécié les deux précédents, "Volcano" et "Now Diabolical", tandis que l’inverse a aussi beaucoup de chances d’être vrai. Il s’agit bien là d’une sorte de gros rock’n’roll hybride, flirtant constamment avec les ambiances glauques du black tout en y rajoutant une bonne dose de groove. Les riffs, soutenus par un jeu de batterie simple mais imparable, sont donc particulièrement accrocheurs et relativement répétitifs, mais cette répétition apporte justement à "The Age of Nero" son ambiance entêtante, la musique renvoyant parfois à une sorte de transe tandis que Satyr scande, de sa voix rauque au timbre encore très reconnaissable, ses paroles apocalyptiques. La production, de son côté, est mise au service de l’atmosphère recherchée par le groupe, mettant en valeur le côté rock’n’roll et parfois presque groove tout en accentuant l’ambiance résolument froide et typique du black metal. On pourra parfois regretter l’aspect un peu « écrasé » des guitares, mais dans l’ensemble, l’équilibre trouvé semble convenir parfaitement à la musique jouée par
Satyricon.
Relativement court (huit chansons pour un peu moins de trois quarts d’heure d’écoute) et alternant passages directs et crus avec d’autres plus planants (la parfaite illustration en la matière étant probablement la chanson "Die By My Hand"), cet album incarne donc une poursuite presque logique de la tournure que
Satyricon a délibérément prise depuis "Rebel Extrevaganza".
Pour appréhender correctement "The Age of Nero", il semble donc indispensable de se départir de ses a priori quant au black metal et quant à
Satyricon, qu’ils soient positifs ou négatifs, quitte à ignorer que cet album est l’œuvre des mêmes qui enfantèrent "Dark Medievil Times" quinze ans auparavant (ce qui n’est certes pas très difficile). La comparaison, est en effet impossible et de toute façon dénuée de sens. Cet album ne deviendra jamais une œuvre culte ni un classique du metal, et ce n’est probablement pas le meilleur qu’ait sorti
Satyricon, mais il est loin d’être inintéressant et il faudrait être de mauvaise foi - ou bien paralysé- pour ne pas se surprendre à headbanguer sur un titre comme "The Wolfpack".