Après deux EP remarqués et salués par la presse spécialisée, autant dire que la pression était assez forte sur les épaules des musiciens de
Morgoth au moment de sortir un véritable premier album. Seraient-ils capable de garder le cap qu'ils s'étaient fixés, ou allaient-ils s'échouer sur le premier récif venu ?
Cursed, ce fameux premier opus, ne tient pas toutes ses promesses. Oh, certes, le death metal des Allemands est toujours aussi vindicatif, avec un
Marc Grewe très en forme derrière le micro, dans un style de chant rappelant fortement celui de
Chuck Schuldiner de Death. Bien sûr on peut prendre son pied au détour de quelques titres bien sentis (pêle-mêle :
Body Count,
Sold Baptism ou encore
Opportunity Is Gone qui en matière d'efficacité n'ont pas grand chose à prouver). Mais ce qui frappe surtout, c'est cette impression que
Morgoth n'a pas voulu prendre trop de risques. On sent que le travail effectué pour Resurrection Absurd et The Eternal Fall a servi de terreau à ce Cursed.
Evoluant surtout sur des mid tempos aux breaks accrocheurs, propices à quelques accélérations qui déboîtent les cervicales, la musique n'a pas beaucoup évolué, si ce n'est un ralentissement général, mais cela reste minime. Pire, on a parfois l'impression que le disque manque cruellement de puissance, fait en partie dû au mix de
Randy Burns, dont le style ne s'adapte pas aux compositions plus rêches de
Morgoth. Là où les deux premiers EP bénéficiaient d'un son bien plus cru, Cursed perd de sa verve en étant parrainé par un grand nom du milieu.
Cependant, Cursed est loin d'être un mauvais album. Si les vocalises de Marc Grewe sont pour beaucoup dans la qualité finale, un autre élément est très important : l'ambiance. En effet, dès le titre éponyme, un court instrumental introductif, on remarque l'ajout de quelques claviers discrets, distillant une ambiance inquiétante, malsaine, qui atteindra son apogée sur le final
Darkness, où les paroles sont en fait un poème lugubre de H.P. Lovecraft. Peut-être que le groupe a essayé de prendre ses auditeurs à la gorge, mais ce n'est pas l'effet escompté. Le manque d'air ne provoquera pas d'érection ici.
Cursed est finalement un album qui porte bien son nom. Incapable de rivaliser avec ses deux petits prédécesseurs, il devra également subir l'ombre de son successeur. Mais si on parvient à faire abstraction du restant de la discographie de
Morgoth et que l'on écoute cet album avec une oreille vierge, il est tout à fait possible d'y trouver son compte. Un disque à considérer comme une charnière entre des débuts prometteurs et un Odium qui tutoie les cieux.