En 1985, le situation de
Uriah Heep est délicate. Bronze, le label historique du groupe, fait faillite et les musiciens signent sur Portrait, une filiale de CBS qui ne se montrera pas très coopérative, surtout au moment de céder des droits lors de rééditions. Le seul point positif semblerait être le retour du bassiste
Trevor Bolder dans les rangs depuis la tournée de soutien à Head First, le précédent album.
Uriah Heep s'enferme en studio dès août 1984 et semble être très attentif aux métamorphoses du metal depuis la fin des années 70. Sinon, comment expliquer un morceau d'ouverture comme
Rockarama, gonflé de claviers sirupeux, soyeux et nullement grandiloquent ? Une composition calibrée pour être matraquée en heavy rotation sur les radios, le genre de titre que l'on peut écouter pendant des kilomètres sur les routes, à l'instar de Bon Jovi. Une très mauvaise entrée en matière, qui ne donne pas franchement envie de s'attarder pour écouter le reste.
Equator, c'est un album facile d'accès, sans grande recherche, loin des délires aventureux des '70. Un disque qui rentre dans la masse, mais un disque qui peut avoir deux visages quand on gratte un peu. Outre les morceaux archi-commerciaux qui vieillissent très mal (
Party Time,
Holding On...), on tombe sur quelques perles inattendues. Là où l'on pouvait être résigné à sombrer dans les miasmes du ridicule (
Bad Blood, en seconde position, ne sera considéré que comme un soubresaut, noyé dans la masse), on appréciera la très bonne ballade
Poor Little Rich Girl boostée par une belle montée en puissance (et une très belle prestation vocale de
Peter Goalby), ou encore l'énervé
Skools Burnin' au refrain bien jouissif, et surtout, on restera en arrêt devant l'immense
Night Of The Wolf.
Night Of The Wolf, c'est un peu le morceau incongru, l'OVNI, celui que l'on n'attendait pas et qui débarque au milieu de la fête, attirant tous les regards à lui. Une composition épique et enlevée, la seule à dégager une impression de puissance. Comme si elle s'était échappée des années 70 ou d'un album du défunt
Rainbow. Le contraste avec un titre comme
Rockarama est saisissant et fait du mal à cette dernière. Une chanson qui tire tout un album vers le haut, avec sa force brute, ses choeurs harmonieux et surtout, le meilleur solo de la galette.
Grâce à une poignée de titres (mais quels titres !),
Uriah Heep évite un sérieux écueil et accouche d'un album dispensable vu les qualités de nombreux opus des '70, tout en conservant un capital sympathie étonnant. Mais cela n'arrangera pas les affaires de
Uriah Heep qui sombrera en division 2 pour ne presque plus en ressortir...