En 1998, la situation de
Benediction n'est plus tout à fait la même. Incapable de retrouver la verve de Transcend The Rubicond, le groupe voit sa popularité chuter lentement. Les espoirs placés en ces Anglais seraient-ils vains ? Pour
Darren Brookes et
Peter Rewinsky, la paire de guitaristes du combo, le salut viendrait peut-être d'un album qui trancherait avec les autres, un disque qui sortirait des sentiers battus. Et cet opus, ce serait
Grind Bastard.
Un coup d'oeil rapide à la pochette met déjà sur la voie : l'illustration est tout simplement immonde. Incompréhensible après une série de jaquettes plus expressives et malsaines que cet espèce de mutant dégénéré. Un autre détail marquant réside en l'absence du logo traditionnel du groupe, remplacé par un nom simplement dactylographié.
Et quand on place le disque sur la platine, on remarque tout de suite que
Benediction change de ton. Les rythmiques muent, deviennent punk dans la forme, et groovy. La guitare, elle, s'écarte des plans typiques du death metal pour se simplifier.
Deadfall est basique, efficace, dopé par la production de
Andy Sneap. Seule la voix se rattache au style de base du combo et envenime le tout, lui donne une virulence insidieuse, accentuée il est vrai par de brutales accélérations faites pour laisser l'auditeur sur le cul.
Et l'album se dessine dès ce hors-d'oeuvre gratiné. Les rivages du death s'éloignent, mais on continue à en retrouver des traces comme autant de récifs sur une mer virulente. Avec intelligence,
Benediction se réinvente, met sans hésitation le doigt là où ça fait mal (le très lourd
West Of Hell, le titre éponyme et ses variations de tempo diaboliques, destinées à briser les cervicales...) et se sert de ses influences punk pour accentuer le sentiment d'urgence qui émane de cet album. Le batteur
Neil Hutton porte une grande partie de la cohésion de ce disque sur ses épaules : son travail derrière les fûts compense le tout-venant de la guitare, qui riffe sévère mais peine à se renouveler.
Et
Benediction de se faire plaisir avec un disque entier, peut-être un peu trop. Près d'une heure mené tambour battant, avec de trop rares longs morceaux pour varier les plaisirs, ça peut devenir fatigant et cela porte préjudice à l'oeuvre. Et quand le groupe s'essaye aux reprises, il ne parvient à être complètement convaincant. Si le
Destroyer de
Twisted Sister se digère fort bien, il convient de s'équiper d'un fernet branca pour ne pas régurgiter le
Electric Eyes de
Judas Priest qui vit assez mal le passage au son
Benediction.
Benediction a pris un risque, pleinement assumé avec ce
Grind Bastard qui s'émancipe du reste de la discographie des Britanniques. Cependant, il serait dommage de passer à côté de cet album, que ce soit à cause de la pochette ou parce qu'il n'est pas assez death pour être honnête (hum...).
Grind Bastard est un très bon disque, moderne et punchy, encore capable plus de dix ans après de vous mettre KO.