Pour certains,
Stratovarius fut un grand groupe, sabré par son mentor et ses idées, trop borné et dictatorial, instable. La dure rançon du succès, qui a conduit son propre enfant aux portes de l'enfer. Le feuilleton
Timo Tolkki vs les autres donnait une image navrante d'un combo qui aura mal négocié le passage à l'an 2000. Rattrapé par une meute de suiveurs (
Sonata Arctica et
Thunderstone en tête), et handicapé par une pantomime affligeante, au scénario digne des productions Aaron Spelling, à grands coups de je t'aime moi non plus, claquages de porte, tabassages en règle, alcoolisme, cure de désintoxication et jet d'urine sur guitariste bourré,
Stratovarius vivait des heures noires, jusqu'à la sortie de l'album éponyme en 2005, sensé exorciser ses démons. L'aventure aurait pu prendre fin quand Timo Tolkki a décidé de quitter le groupe. D'abandonner son enfant. Sauf qu'il l'a laissé aux bons soins de ses musiciens, qui croyaient encore en ce nom (et peut-être étaient-ils les derniers ?).
Si le bassiste
Lauri Porra a déjà assuré la tournée précédente, le remplaçant de Tolkki à la guitare est un jeune inconnu du nom de
Matias Kupiainen dont la page Myspace connaît une augmentation significative du nombre de visites. C'est qu'il donne vraiment envie ! Mais est-ce de la poudre aux yeux ?
Stratovarius a-t-il réellement corps sans son leader naturel ?
Les premiers changements s'opèrent déjà au niveau de la pochette : logo repensé pour l'occasion, retour à un trip science-fictionnesque de bon aloi et superbement illustré. Ensuite, on ne peut pas dire, sur un plan strictement musical, que
Stratovarius se réinvente complètement. Ce disque s'inscrirait dans la logique d'un
Infinite. Exit le côté doucement niais des
Elements, au revoir la simplicité dépouillée de l'album éponyme. Le groupe revient à un style plus varié, aliant vitesse et mid tempos travaillés, où les musiciens peuvent enfin s'exprimer totalement. Et contre toute attente, ce n'est pas du côté du jeune guitariste qu'il faut aller chercher celui qui compose le plus, mais du côté du bassiste, responsable de la moitié de l'album. De son travail dépend une grande partie de la qualité de ce Polaris. Excepté un
Forever Is Today certes rapide mais fade car trop commun pour du Strato, Lauri Porra s'en sort plutôt bien, alliant une recherche mélodique à un sens de la composition certain. Son
Emancipation Suite en deux mouvements est l'un des moments fort de l'opus, où le heavy metal se mêle d'accents oniriques et orientaux. Un morceau que n'aurait pas dénigré le
Ritchie Blackmore de
Rainbow.
Derrière ses claviers,
Jens Johansson résume parfaitement ce qu'est
Stratovarius en trois compositions ; si la ballade
Winter Skies]] est plutôt classique et agréable à l'oreille, [i]Blind est une leçon de speed mélodique. Introduite par un clavecin trompeur, tout en finesse, la chanson se révolte subitement pour se livrer ensuite sur un refrain bien balancé.
Timo Kotipelto est en forme, son chant est bien placé. Grand moment. En revanche, c'est surtout
King Of Nothing qui retient le plus l'oreille. La facette la plus entreprenante se révèle ici, épique à souhait, avec un clavier entêtant, se mariant allègrement à une guitare acérée, mordante. Le refrain, très court, est ponctué de choeurs bien pensés et on rentre dans une oeuvre de barde, narrant la chute d'un royaume. Le point culminant de cet album ?
Et ce nouveau guitariste, me demanderez-vous (même, on fait comme si) ? On ne peut pas dire qu'il prenne trop de risques. Il fait ce que Tolkki aurait pu faire, gorgeant ses soli de ce qu'il faut de feeling pour ne pas sombrer dans le déballage de notes gratuit et sans fond.
Stratovarius fait du
Stratovarius, avec ce qu'il faut de nouveauté pour ne pas sombrer dans la redite et ce n'est peut-être pas si mal. Les fans sont déjà assez échaudés, inutile de leur jeter de l'eau froide en révolutionnant le son Strato de A à Z. En revanche, il est de bon ton de noter que Matias Klipiainen est responsable avec Timo
Kotipelto de
Higher We Go, titre catchy et efficace à souhait, dans la droite lignée d'un
Hunting High And Low, qui ferait un excellent choix de single pour mettre en avant l'album.
On peut reprocher au groupe un certaine immobilisme, une prise de risque minimale. L'impression de déjà entendu plane au détour de certaines compositions, comme sur presque tous les opus de
Stratovarius. Quelques passages plus creux, un peu de remplissage ça et là, mais rien de bien méchant. Au moins
Kotipelto ne cherche pas absolument la note la plus haute.
Si l'on compare le nouveau groupe de Timo Tolkki,
Revolution Renaissance, avec cet album de
Stratovarius, il n'y a pas photo. Les musiciens rescapés peuvent remercier le grand guitariste de leur avoir confié le bébé, il ne s'en porte que mieux. Une excellente surprise pour cette année 2009 dont quelques-unes des sorties majeures ne tenaient pas toutes leurs promesses. Ce
Stratovarius pourrait bien combler les attentes les plus folles.