La France est l'autre pays du death metal. On sait que les USA ont balisé le terrain dès les '80, que la Suède s'est distinguée en proposant une facette plus mélodique dans les '90. Mais l'Hexagone n'a pas que son fromage pour lui. Il compte également quelques combos qui savent repousser les frontières d'un genre et lui donner un nouveau souffle. On pense évidemment à
Gojira qui a su sortir du lot, ou encore à SUP, les précurseurs, ainsi que plus récemment
Hacride qui développe de bien belles choses. Et il ne faut pas oublier
Gorod, combo bordelais qui s'appuie sur la technique pour donner corps à sa musique, avec la démarche finalement la plus "américaine".
Mais pas seulement américaine. Si le death technique fait toujours penser à
Atheist, l'une des références majeures du genre, il y a également du
Coroner chez ces Bordelais.
Gorod, qui a dernièrement perdu son originalité pour un line-up plus conforme (comprenez que Sandrine, la batteuse, a laissé sa place derrière les fûts à Sam), évolue dans une sphère où la brutalité est de mise. Mais elle n'est pas gratuite, elle est partie intégrante de la conception du death de ce groupe. Violent, puissant et pourtant non dénué de mélodies qui font mouche, admirables dans leur agencement.
Avec des rythmiques omniprésentes et d'une certaine manière groovy,
Gorod se dessine une ossature compliquée sur lesquelles les guitares viennent tisser leur toile, sans oublier de laisser une place à la basse qui, ici, s'entend bien. On se laisse facilement entraîner par le courant, sur des compositions au son lourd, radical, qui proposent un death metal de bonne tenue, aux accélérations et décélérations dangereuses pour les cervicales.
Almighty's Murderer par exemple démarre sur un riff assassin et bénéficie de variations de tempos jouissives. La voix de Guillaume complète à merveille l'ensemble avec des grognements caverneux, promesses de tourments nocturnes, qui donne du cachet aux morceaux tout en restant intelligible. Mais surtout,
Gorod ne reste pas statique, il explore et propose. Ce n'est pas linéaire, on est même souvent surpris, comme avec l'excellent et mélodique
The Path et son intro limite symphonique, ou encore l'instrumentale
Watershed où les musiciens étalent leur talent en se faisant plaisir et en piochant allègrement dans d'autres styles, plus soul.
Si vous aimez le death metal technique, avec de véritables murs de son, cet album est pour vous. Un disque qui aurait tout à fait sa place entre le
Symbolic de
Death et le
Unquestionable Presence d'
Atheist et non loin de votre collection de
Coroner. Technique mais pas rébarbatif, brutal mais mélodique,
Gorod a parfaitement compris son sujet et livre une copie quasiment sans fautes. Un très bon album qui prouve que la France a son mot à dire sur la scène internationale.