Vous connaissez certainement Bollywood, ce cinéma indien qui ressemble à une sitcom de mauvaise qualité mais que l'on ne peut s'empêcher de regarder quand ça passe à la télé ? La Roumanie, elle, nous a trouvé son équivalent musical. Rien que ça (ce qui est déjà pas mal, voire de trop). Si l'Italie peut se targuer d'être la patrie du Hollywood metal avec les productions survitaminées de
Rhapsody Of Fire (mais pour les clips, on en est encore au cinéma français hélas), les Roumains de
Magica tentent d'abonder dans le même sens, un trip qui ne tient pas la cadence, faute de moyens.
Si
Rhapsody Of Fire peut dissimuler les faiblesses d'un scénario de série Z derrière une avalanche d'effets spéciaux, pour
Magica, c'est l'inverse : les fioritures sont écrasées par la vacuité de l'histoire. La princesse se fait voler son âme par un démon et elle n'a d'autre choix que d'aller la récupérer à la sueur de son front (le dernier prince charmant a fait escale chez Dracula : erreur fatale), sans oublier de remercier tous ceux qui lui ont donné un coup de main à la fin. Même Uwe Boll n'en voudrait pas pour un film. Quoique, en remplaçant la princesse par un barbare bodybuildé, pourquoi pas ?
Bref, ça ne se présente pas très bien sur le papier. L'absence de batteur et cette boîte à rythme agaçante car répétitive et sans relief n'aide pas à être plus clément. Musicalement, on est à la croisée des chemins entre le speed mélodique d'
Helloween et le lyrisme d'un
Nightwish de la grande époque (comprenez celui où
Tarja Turunen tenait le micro). Ce ne sont pas les pires références.
Bodgan fait ce qu'il peut : à une guitare, il peine à trouver les bonnes harmoniques et le son n'en est que plus sec, ce qui ne favorise pas vraiment la narration. Avec cet assemblage de riffs saccadés que la boîte à rythme démolit trop souvent, le guitariste parvient à redresser la barre sur quelques soli (de facture plutôt classique) qui se dégagent de la platitude de certaines rythmiques. La chanteuse,
Ana Mlandinovici, n'est pas le membre qui parviendra à lancer une bouée de sauvetage charitable à un groupe en train de se noyer. Sa prestation est bien en-deça des standards de l'époque (2002) et les points de comparaison d'alors font mal à l'ego :
Tarja Turunen,
Sharon Den Adel ou encore
Cristina Scabbia.
Bref, cela fonctionne mal. Dès l'introduction,
The Wish, un court instrumental que ne renierait malheureusement pas Richard Clayderman, on se dit que l'on va tomber sur du kitsch de chez kitsch. La pochette, même si elle est empruntée à Royo, laisse déjà suposer du contenu. Sans histoire motivante, sans production capable de soutenir le projet,
Magica va droit dans le mur. Et pourtant, la magie de Bollywood opère. Parce qu'il y a des refrains, même bancals, qui attirent l'attention, qui donnent une furieuse envie de taper du pied ou de s'envoyer une bière dans la taverne en compagnie du prince charmant plaqué par Blanche Neige à cause d'une coucherie avec la Belle au Bois Dormant. Des refrains, simples, mais motivants, suffisamment efficaces pour regarder cette galette autrement que comme une flaque de vomi à la sortie d'un pub.
Pour un galop d'essai,
Magica est tombé de selle, mais il a eu le courage de recommencer, encore et encore, jusqu'à parvenir au bout de l'enclos. Douze mètres en quarante cinq minutes un peu pénibles, plombées par un certain marasme musical, une originalité aux oubliettes et une production en deça de tout. Les amateurs de Donjon et Dragon adoreront ce disque pour une partie de jeu de plateau parce qu'elle ne les déconcentrera pas. Ceux qui aiment s'immerger dans ce type d'oeuvre apprécieront certains refrains, certains courts passages instrumentaux, mais ne prendront pas de réel plaisir. Une copie qui mériterait presque un réenregistrement pour en sublimer les quelques idées.