La tournée Use Your Illusion aura duré deux ans et aura été éreintante pour
Guns N'Roses. Pour certains, elle montrait des signes inquiétants quant à l'avenir du groupe, ou plutôt quant à l'avenir de
Axl Rose, qui prenait des allures de diva. A croire qu'il avait pris des courts par correspondance avec
Ritchie Blackmore et que l'élève avait fini par dépasser le maître : pétages de plombs, tabassage d'un fan osant le prendre en photo durant un concert, annulations de dernière minute, tout y passait. Le géant peut avoir des chevilles en argile après tout. Et pour les Guns, il semblait que pas mal de choses reposaient sur la santé mentale de son leader naturel.
Aussi, c'est presque avec étonnement que les kids ont vu débarquer ce skeud en novembre 93. Il y avait de quoi être surpris, un disque estampillé Guns N'Roses qui sort aussi rapidement après une tournée harassante, ça tient du prodige, surtout quand on se rappelle que quatre longues années séparent le glorieux Appetite For
Destruction des
Use Your Illusion. Puis le soufflé retombe très vite : il s'agit tout simplement d'un disque de reprises, à la pochette diablement répulsive.
Avec son titre tiré d'un épisode du procès de l'ancien batteur
Steven Adler contre ses anciens comparses du groupe (une histoire très loufoque, incluant des spaghetti froids), Axl a tout de suite trouvé que cela ferait un excellent titre d'album (on imagine déjà la tronche des jurés et autres avocats au tribunal...). De là à l'illustrer de cette manière, il n'y avait qu'un pas à franchir et le groupe l'a fait, au plus grand désespoir de tous les estomacs de rockers délicats. Quant au contenu, il est plutôt classique et surprenant à la fois.
Pour le côté classique, comme on pouvait s'y attendre, on rencontre des compositions de hard rock bien balancées déjà à la base (dont le fameux
Hair Of The Dog de
Nazareth) ainsi que des brûlots punk. On s'y attendait. Avec le bassiste
Duff McKagan, comment pouvait-il en être autrement ? Le choix des chansons est en revanche étrange. Plutôt que de tabler sur des valeurs sûres comme on a déjà pu le constater sur
divers supports du groupe, ici les Guns ne choisissent pas la voie de la facilité en piochant dans des répertoires parfois obscurs. Ainsi, l'album commence par
Since I Don't Have You des
Skyliners, un vieux combo de rock ricain de la fin des années 50. Une ballade étrange, qui prend la forme d'une ritournelle. Axl assume totalement ses choix, allant jusqu'à placer ce titre, pas mauvais une fois l'effet de surprise passé, sur un single et tourner un clip avec Gary Oldman. Certes, on retrouve
Hair Of The Dog et surtout le
Raw Power des
Stooges (comment arriver à la cheville de l'originale ?), mais on croise également des compositions plus obscures, venues du punk et depuis longtemps oubliées.
Né à l'époque de l'enrtegistrement des Use Your Illusion, pour combler les temps morts en studio, les titres ont été réenregistrés avec
Gilby Clarke, le remplaçant de
Izzy Stradlin, dont ce sera l'unique album avec les Guns. L'interprétation est honnête. On sent la marque du groupe sur les diverses chansons composant ce disque. On remarquera que Axl semble ailleurs. Celui qui se fait le plus remarquer est en définitive McKagan, qui s'octroie le chant sur quatre morceaux, dont un duo avec Rose sur
Raw Power. Le bassiste n'est assurément pas un grand chanteur, mais son envie est palpable même si elle manque de hargne. Mais où est passé le plaisir de botter des culs, l'esprit typiquement rock'n'roll du combo ? C'est pas en gueulant des fuck you à répétition que l'on est rebelle. Là, forcément, ça coince un peu.
Et que serait un album des Guns sans son lot de polémiques ? Ici, il s'agira de la reprise de
Look At Your Game Girl du tristement célèbre Charles Manson... Ce qui aura valu un certain nombres de problèmes à Axl Rose et sa bande, même s'il ne s'agissait que d'un hidden track même pas mentionné sur la pochette.
Parfois trop lisse pour les covers punk, trop acéré pour les clins d'oeil au glam rock des '70, on reste un peu sur sa faim. Le disque ne remplit même pas correctement le rôle qui lui avait été assigné à l'origine : faire patienter les fans jusqu'au réel nouvel album... C'est pas dégueulasse (sauf la pochette), ça s'écoute au kilomètre pourrait-on dire, mais l'intérêt n'est que très mitigé. Pour les fans.