Quand un groupe a le vent en poupe, c'est souvent le bon moment pour les musiciens y officiant de sortir un disque solo. Histoire d'en tirer un peu plus de bénéfices. Certains ne se gênent d'ailleurs pas pour faire exactement ce que les fans attendent d'eux, ne changeant pas de formule, mais se contentant de changer le nom d'un combo pour le leur propre. Au moins, on peut laisser à Deris le bénéfice du doute vu qu'à chaque fois, le bonhomme réussit à prendre les amateurs d'
Helloween à contre-pied.
Le chanteur avait sorti un disque de ballades, plutôt réussi, en 1997. Mais là où certains attendaient avec une certaine fébrilité un
Come In From The Rain part 2 (il faut dire que pour les ballades, Deris s'en sort souvent très bien), il se retrouvent avec ce
Done By Mirrors. Le titre ressemble beaucoup à celui d'un opus d'
Aerosmith, mais ce n'est pas du
Aerosmith, loin de là ! En effet,
Andi Deris fait une espèce de coming out. Pour les fans de metal teuton qui se respectent, c'en est un. Pour les autres, ils s'en foutent peut-être, mais il est amusant de constater que le son plus bas, désaccordé des guitares, popularisé par tous ces groupes US, dont ceux qui évoluent dans la sphère nu-metal, plait à Deris. Il ne se gênait pas pour mentionner
Korn, d'ailleurs, le blondinet-teint-en-noir. Après un
Michael Weikath fan de
Faith No More, le monde pouvait s'écrouler autour des fans d'
Helloween, le résultat n'aurait pu être plus abasourdissant.
Mais
Done By Mirrors n'est pas pour autant un disque de neo metal. Il ne faut pas s'attendre à ce que Deris se mette à rapper à outrance, ou à abuser du spoken word. Il s'agit d'un hard rock au son étrangement lourd, propulsé par des mélodies très européennes dans l'approche. Le timbre d'
Andi Deris est toujours aussi particulier, on retrouve sa façon de chanter au sein d'
Helloween, la montée dans les aigus en moins. Et c'est là qu'on se dit que le chanteur, pour ce deuxième exercice solo, est passé à côté de son sujet. Ce n'est pas du sous-Helloween, mais Deris garde certains automatismes et reste assez prévisible. On devine quel titre sera une ballade, quel passage sera énervé, on soupire devant certains plans déjà entendus, on rigole face à la naïveté absurde des paroles...
Qu'attendre de cet album solo ? Pas grand chose. C'est pas vraiment bon. Ce n'est pas mauvais non plus. C'est quelconque, loin du niveau d'un Come In From The Rain et loin de briller. A peu de choses près, il susciterait l'indifférence. Les amateurs de la voix du chanteur y trouveront assurément leur compte : le bonhomme chante toujours très bien, bad boy gentillet (
Dangerous,
I Don't Believe In The Good), faux romantique rebelle (
Patient,
Child Of My Fear). Les autres peuvent passer leur chemin, les structures des chansons leur paraitront bien trop simplistes.
Andi Deris ne donne pas l'impression de s'être beaucoup foulé pour cet album. On retiendra bien quelques morceaux, mais rien qui motive réellement l'achat de ce disque un peu fade. En revanche, on peut se demander s'il n'a pas placé ici quelques indices de ce qu'il fera, avec bien plus de brio et de sérieux, sur
The Dark Ride.
Done By Mirrors, où l'histoire d'un album qui n'aura su franchir le pas entre le banal et le génial.