Nombre de formations tendent vers le macabre et la symbolique sataniste. On ne compte plus le nombre d’essais souvent ridicules sur le thème, se rapprochant plus des clichés grotesques que de véritables réflexions ou allusions réussies.
Eths sortait Samantha en 2002 après une première démo prometteuse. L’essai - souvent qualifié de maxi-démo ou EP – est le premier pas du groupe vers une musique morbide, pourtant loin des canons habituels.
A l’écoute de
Eths, on ne sait quoi penser. La musique est redoutable, déstabilisante et surtout très glauque. Entre aspects néo évidents (les riffs), tournures Hardcore (le chant, plus que violent), sauvagerie Punk et côté barré, le son
Eths est impossible à définir. La patte, elle, est décelable : la chanteuse Candice en est le pilier. Repoussant les limites de la violence intérieure par un chant hargneux et souffrant au possible (d’ailleurs impressionnant pour une femme) qui use tantôt de hurlements aux illusions de délire tantôt de chant clair plutôt murmuré, donnant à l’auditeur le plaisir d’écouter (en français) des textes très travaillés qui reposent sur le malaise du viol, de l’inceste et jouent sur un vaste plateau fait de légèreté sensuel morbide comme de satanisme boueux, Candice fait plus que chanter : c’est sa personnalité qui découle de ses cris.
La musique accompagne à merveille les paroles torturées de la chanteuse. Le titre « Samantha » par exemple, nous sert du riff basique mais efficace jusqu’à nous entrainer dans un ambient gênant où Candice récite un « Ave Maria » avant de mieux nous écraser dans un rouleau compresseur de sons stridents totalement aliénants. Là est le secret d’
Eths : le mélange des genres. Étrange mais finalement cohérente, la musique des Français aspire la moelle osseuse de nombreux genres pour en tirer toute la substance effrayante. « Des Cendres » s'avère être un titre très particulier encore une fois, fait de rythmiques et de sons proche du Math-core avec du chant clair rappelant l’enfant qui chante dans sa chambre. Rien ne semble limiter le groupe : « le Projet humain » fait une entrée entrainante avec ses guitares Punk et ses aspects groovy obsédants. Les sons éparses sont légions, la basse – chose à noter – n’est pas qu’un accessoire, elle se fait violence, est souvent jouée au slap pour mieux surprendre encore.
Les six titres composant ce Samantha sont donc tous uniques, si l’on excepte un « Encore » très moyen où le chanteur de
Tripod vient rapper au côté de Candice sur des scratchs vraiment ennuyants au possible. Seules les paroles viennent encore sauver le titre, le must restant encore des titres comme « Volée » (où la basse prend son ampleur et où un relent Doom se fait sentir dans la rythmique), « Samantha » et surtout « Animadversion », morceau très abouti qui laisse Candice libre de son chant et de ses textes sur de douces mélodies au violon et à la guitare. C’est lent, intimiste, mais voyeur, proche d’un chant rappé ou Hardcore, très personnel et vulgaire, soit un peu tout ce que
Eths représente : un contraste des genres réussi. A noter la chanson cachée très intéressante basée sur une simple rythmique électro que viennent agrémenter des sons toujours aussi inquiétants.
Samantha reste encore à ce jour l’un des meilleurs essais d’
Eths avant les deux albums qui vont suivre. Enclin à l’expérimentation sonore, fort de paroles toutes plus recherchées les unes que les autres et bénéficiant d’approche moderne dans le Metal (la basse, très en avant chez le groupe), l’opus est une vraie claque pour peu que l’on se penche dessus et que l’on analyse les textes riches de leur leader. Si le groupe aurait pu éviter ce "Encore" inintéressant, Samantha aurait gagné en qualité. Un groupe curieux, qui mérite que l’on s’attarde dessus.