Blut aus nord revient en 2007 avec Odinist: the destruction of reason by Illumination, titre pour le moins énigmatique et qui préfigure en fait la philosophie du groupe normand et plus précisement celle de son mysterieux leader Vindsval. Après les deux moutures désormais cultes et qui font quasiment figure de diptyque dans l'experimentation voulue par le groupe, respectivement The Work which transforms God et MoRT, en passant par le très intéressant EP Thematic Emanation of Archetypal Multiplicity, BAN se placait désormais en groupe reference du Black metal moderne. Un fer de lance d'une scene extremement riche. Alors que dire de ce Odinist? Quelles nouvelles surprises nous réserve le groupe?
Le CD débute calmement, avec une intro légère qui pose une ambiance déja connue: glauque et mystique. Répétitive tout au long de sa minute trente, elle laisse la place a "An Element of flesh", premier veritable morceau de l'album. Le ton est donné: le rythme est lent, la batterie garde le meme tout du long, les guitares sont comme d'ordinaire mixées de facon à ce que le son soit fantomatique (la patte BAN est la) mais elles ressortent, au contraire de MoRT, de telle maniere que l'on comprend les riffs. Car riffs il y a, selon Vindsval, qui souhaitait un album plus porte sur l'amour du riff et plus epique. Lors d'une interview (l'une des rares existantes), il avait en effet annonce qu'il souhaitait prendre de la distance par rapport a ses deux essais les plus noirs, afin d'eviter de devenir fou et de s'enfermer dans une musique destructrice. Promesse tenue: l'album n'a quasiment rien a voir avec ses predecesseurs: il est plus organique, plus constant, et beaucoup moins humain aussi.
Que dire dès lors de ce chant inhumain (on connaissait déja la particularite de Vindsval a ce niveau la), qui à la difference des anciens essais du groupe est plus torturé, plus irréel? Que dire de ce rythme calcule, constant du debut a la fin de l'album? L'hypnotisme est total; le pari risque. BAN surprend il faut le dire. Moins poussé vers l'experimentation que MoRT, cet album est une pause. Pause qui confine a la suite directe: le son est la, l'ambiance est glauque, la fin de l'album secoue, on est apeuré, on a peu de repères. Si Vindsval parle de riffs, ce n'est pas au sens d'un bon vieux Death Metal non, les guitares restent destructurées et le peu de riffs au sens strict du terme n'en sont pas vraiment, ils demeurent hallucinés ("Odinist" et son riff oriental, vision d'un Vinsval englobant le monde entier dans la meme pensée).
Odinist est aussi spirituel mais ce spirituel fait face a un coté decharné et inhumain incroyable. Toute la pensee du leader est la: la musique se doit d'etre la main tendue vers l'être, un groupe une passerelle entre l'être et la musique (d'ou l'invisibilité voulue du groupe). Et plus encore, un groupe se doit d'etre sans cesse en renouvellement, il ne doit pas pomper les autres formations. Et de ce coté la,
Blut aus nord est toujours aussi fidèle. Si la nouveauté se situe dans le tempo et la linearite - quoique The Mystical Beast of Rebellion préfigurait cette tendance - , l'album est tout de même a l'image de ses deux predecesseurs meme si la surprise est de taille. L'album est moins fouillé, mais les compositions, les morceaux, ne peuvent s'explorer seuls a l'instar de MoRT. L'idée d'un cycle eternel est là, la linearite est totale: l'album commence par une intro, il finit par une outro, mais celles-ci sont les memes, si bien que l'album s'enchaine sans fin...
Odinist: the destruction of reason by Illumination est une suite logique. Peu de surprises pourraient laisser place à de la déception mais la difference face aux autres moutures du combo se ressent et se comprend: l'album ressemble aux deux essais les plus noirs du groupe mais il est aussi different par son cote hypnotisant et lancinant. Une pause voulue par le groupe, pour mieux surprendre après certainement. Un groupe toujours au top, qui nous réserve toujours de grandes surprises, à l'annonce d'un Memoria Vestusta II: Dialogue with the stars.