Il est de coutume de dire que le troisième album est celui de la maturité. Peu importe ce que l'on pense de ce vieil adage, s'il est une chose sûre ici, c'est que les espagnols de Nahemah confirment ces dires avec ce A New Constellation...
Bien qu'ayant dans le temps basé sa musique sur un Black Symphonique plutôt bien fait (notamment sur Chrysalis), la formation d'Alicante a su faire évoluer sa recette, et le second opus, The Second Philosophy, laissait déjà entrevoir un retour vers un son plus épuré et moins maléfique.
En toute logique, A New Constellation vient confirmer cette évolution, secondée d'un bel apport de mélodies aériennes.
Tout commence avec "Much As". Une guitare lointaine, bourrée d'effets mais loin d'être inintéressante, une basse présente et groovy, un chant extrême doublé d'interventions claires pour le moins touchantes, le tout encadré par une section rythmique au jeu original, et vous voici avec le meilleur aperçu de ce que donne cette entrée en matière.
Pourtant, si ce premier morceau annonce clairement la couleur, on remarque à l'écoute de l'album que les idées sont plutôt bien digérées et parfaitement retranscrites: on ne tombera que très rarement dans la redite, c'est déjà un bel exploit que de se retrouver de nos jours avec une galette originale et point redondante.
Quoiqu'il en soit, il est une chose importante que je me dois de vous indiquer: Nahemah dégage une certaine 'empreinte ibérique', une touche relativement inédite qui permet aux compositions de l'album de s'éloigner de l'influence d'
Opeth et de
Katatonia qui reste néanmoins présente mais en retrait. Du coup, A New Constellation respire un sentiment de liberté artistique, bien aidée par ces fameux arrangements planants qui peuplent cet opus.
On notera bien sûr l'ajout d'un saxophone sur certains moments, qui confère à A New Constellation une allure jazzy plutôt envoûtante.
Planant, c'est donc l'adjectif qui revient le plus souvent à l'écoute de cet album. Un réel travail a été apporté au niveau des guitares (excellent "Follow Me", le très prenant "Smoke's Men"...), mais il serait injuste de ne pas souligner le talent de Pablo derrière son micro. Que ce soit avec son chant clair ou dans sa facette plus extrême, le frontman délivre une sacrée performance, aussi touchante si ce n'est plus que le duel continu des guitares.
Bourrée d'arrangements divers et d'un clavier devenu indispensable, la musique jouée sur A New Constellation prend grand soin de l'auditeur, lui apportant un confort auditif proche des travaux d'un certain
Opeth justement, notamment par le côté progressif de la bête. La totalité de l'opus baigne de plus dans un lit de mélancolie bienvenu, le rendu est foncièrement surprenant.
Les mélodies sont attachantes, simples mais bien trouvées et surtout jamais niaises, et les refrains sont accrocheurs (avec en mention spéciale ce "The Perfect Depth of the Mermaids").
Le mixage laisse naturellement une grande place aux guitares, mais la basse sera elle bien présente. On ne se retrouve pas vraiment ici dans les productions actuelles du type 'in your face', et là encore, ce n'est pas plus mal, d'autant qu'elle sied à merveille aux compositions.
Mais alors, serait-ce l'album ultime? Dans la petite discographie des espagnols, c'est évident, mais il est vrai que les plans extrêmes peuvent se faire moins percutants que les envolées progressives...
Ce n'est pas un gros défaut, mais ça reste peut-être la seule remarque négative que l'on peut faire à un tel opus. Après, il est certain que la musique de Nahemah ne sera pas du goût de tout le monde, mais l'influence d'
Opeth devrait leur permettre bien des éloges.
Au final, les dix compositions d'A New Constellation dévoilent une sorte de Dark Metal aérien, qui n'a plus grand chose à voir avec les débuts Black de la formation. On tient là un opus parfaitement maîtrisé, aux idées accrocheuses, bourré d'arrangements subtils et d'interludes captivants. L'aspect mélancolique de la musique prend un pas bien plus poignant par rapport aux précédentes sorties, et on ne peut que se féliciter de constater à quel point l'évolution des espagnols sonne bien!
Un opus varié, mixant Dark, Death et Jazz sans gêne, pour une bonne bouffée d'air frais!