Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Dopethrone

Chronique de Dopethrone

Electric Wizard  - Dopethrone (Album)

 9 
10

Diabolus In Musica



40 ans après la sortie du premier album de Black Sabbath et de la pléthore de groupes se réclamant de son influence, on sera bien embêté de savoir ce qui, au final, nous impressionne le plus : est-ce le fait que l’ombre mythique des quatre de Birmingham plane encore de manière aussi omniprésente sur la planète métal (c’est en tout de même le groupe fondateur) ou alors est-ce le nombre hallucinant de groupes et de musiciens talentueux et inventifs qui continuent à porter le flambeau et qui, bien au delà du simple exercice de style, réussissent pour les plus doués d’entre eux à renouveler sans cesse le genre en y apportant des éléments nouveaux ; prendre soin d’un héritage en l’enrichissant continuellement.

Parmi tous ces groupes qui ont biberonné aux ondes « Made In Birmingham », nul doute que le trio anglais (quatuor depuis 2003) d’Electric Wizard a construit l’une des plus belles épopées discographiques du genre Doom / Stoner. Formation plutôt discrète (très peu de promo, aucun clip) malgré des à côtés très rock n’ roll (problèmes divers et variés avec la police pour possession de drogue et un amour manifestement marqué pour la castagne avec les Bobbies), le groupe de Jus Oborn (il ne manque pas de « s », ni de « u », ni encore de « e » mais c’est à se demander si il ne faut pas y voir tout de même un signe du destin) bénéficie auprès des amateurs de ce genre musical d’un statut quasi culte.

Si leur premier album éponyme n’avait rien d'extraordinaire (bons morceaux mais sans plus, production trop politiquement correct), 1996 sera l’année de la révélation. Poussant le gain de leur disto fuzz bien typée 70’s et jouant des compostions lentes et d’une « malsainité » toujours poussée à son paroxysme, c’est peu dire que la sortie du monstrueux « Comes My Fanatics » avait fortement marqué les esprits.

Quatre ans plus tard (dont trois de mise en stand by pour cause de sérieux problèmes du leader Jos Oborn avec lui-même), Electric Wizard sort « Dopethrone ». On ne va pas tourner autour du pot, d’autant que beaucoup de choses ont déjà été écrites sur cet album. « Dopethrone » est tout bonnement le meilleur album d’Electric Wizard.

La pochette un brun kitch et monochrome nous présentant un Lucifer s’adonnant aux joies de la consommation de produits stupéfiants sans papier à rouler donne déjà le ton du contenu du disque : hypnotisant, sombre, lugubre, simple mais génial. En un mot : diabolique.

Dès les premières mesures de « Vinum Sabbathi », on est littéralement scotché par la densité du son des anglais qui alternent avec maestria les parties Heavy d’une sauvagerie incroyable, les longs larsens oppressants et les parties plus calmes en son clair « très Sabbathienne ». Calmes certes mais qui gardent cette touche si délicatement poisseuse.

Contrairement à beaucoup de groupe de Doom, Electric Wizard n’agrémente pas son propos de grosses voix macabres. Jos Oborn nous offre des parties de chants très inspirées (le bonhomme a des choses à dire manifestement), sa voix de possédé bien plus humaine et fragile que les « Rrrrrrrrrrrrr » dont nous avons l’habitude renforçant encore plus la dimension inquiétante de sa musique. Quelques samples tout droit issus de films de série Z et des paroles inspirées de la littérature d’épouvante (Lovecraft en tête) collent parfaitement à l’ambiance générale des morceaux. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si l’un des titres de cet album porte le même nom qu’un film d’horreur bien connu (« The Hills Have Eyes »).

Pour ceux qui aiment le genre, on les mettra en garde contre l’addiction très forte que vos oreilles risquent de ressentir face aux assauts sonores des morceaux de Dopethrone. « «I, the Witchfinder», « Funerapolis », l’épopée de 15 mn qu’est « Weird Tales / Electric Frost / Golgotha / Altar of Melektaus » sont une vraie leçon pour tous ceux qui auraient oublié que la musique n’a pas besoin d’être rapide pour être violente, compliquée pour être puissante et qu’une guitare et un ampli (un peu de talent aussi, cela peut aider) sont largement suffisants pour faire du rock.

Alors certes les amateurs de démonstrations techniques dont nous abreuvent bon nombre de formations métal feront la gueule en écoutant les compos du sorcier électrique. S’ils sont présents par petites touches, les solos n’ont pas ici un rôle central ou démonstratif. Ils s’intègrent à merveille dans le son mastoc et crade des britanniques et se veulent délibérément simplistes et naïfs sortis tout droit des albums des années 70. A cette époque là, il est bon de s’en rappeler, Van Halen n’avait pas encore inventé le tapping. Si cela peut être frustrant pour les uns, c'est très rafraichissant pour les autres.

« Dopethrone » est un voyage dont on ne ressort pas indemne. Album homogène s’il en est, son excellence se souffre d’aucun temps mort pour se terminer par le morceau qui donne le nom à l’album et dont les 10 minutes sont une descente infernale dans la psyché d’un Oborn perturbé et génialement fou. Quasi orgasmique.

A noter que la version remasterisée de l’album comprend un titre en plus, « Mind Transferal ». Pas de chant dans ce titre. Rien que du brut, de la décibel prompte à vous écorcher de manière jubilatoire les oreilles 15 minutes de plus. Alors ça oppresse, ça pique mais ça fait du bien en même temps. Un peu à la manière d’un rapport sado maso en quelque sorte.

Electric Wizard n’a aucune pitié pour vos enceintes, tenez vous le pour dit. Les basses émise par le son saturé « Old School » de Jos Oborn et de Tim Bagshaw feront vibrer comme jamais les baffles de vos enceintes. N’hésitez donc pas à monter le volume au delà du raisonnable. Encore plus dans le cas d’un éventuel achat. « Dopethrone » est l’arme idéale pour tester une chaîne hifi et commettre un attentat sonore dans toutes les grandes surfaces de l’hexagone…….

Bande originale rêvée pour vos soirées tourmentées, on conseillera à tout ceux qui aiment le Doom / Stoner et qui ne posséderaient pas cet album, comme les curieux de se précipiter sur ce disque, véritable chef d’œuvre, manifeste exalté et vivant d’un style majeur dont les acteurs n’ont pas fini de nous surprendre.

Devant ma propre addiction à la musiques des anglais et face à la pochette de leur si génial méfait, j’en arrive parfois en me demander si, à l’instar de Robert Johnson dans les années 30, Jus Oborn n’aurait pas pactisé avec le démon pour enregistrer son disque.

En tout cas, je suis certain d’une chose : si Lucifer devait faire de la musique, il ne ferait pas du Black (trop évident) ou du Hard Rock (trop conventionnel). Il ferait du Electric Wizard.

Avec un gros Marshall, une Gibson SG, un énorme joint à la bouche, l’œil malicieux, un sourire goguenard aux lèvres……



Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires


Chronique superbe Nikko pour un album énormissime! C'est bien simple, Electric Wizard c'est le Metal du Diable oui!
mar. 20 avril 10- 17:48  


Dopethrone - Infos

Voir la discographie de Electric Wizard
Infos de Dopethrone
acheter sur Amazon
Sortie : 9 octobre 2000
Genre : Doom Metal
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Vinum Sabbathiécouterparoles de Vinum Sabbathi
2. Funeralopolislistenparoles de Funeralopolis
3. Weird Tales: i Electric Frost ii Golgotha iii Altar Of Melektausparoles de Weird Tales: i Electric Frost ii Golgotha iii Altar Of Melektaus
4. Barbarianparoles de Barbarian
5. I, The Witchfinderlistenparoles de I, The Witchfinder
6. The Hills Have Eyesparoles de The Hills Have Eyes
7. We Hate Youparoles de We Hate You
8. Dopethroneparoles de Dopethrone
écouter : Ecouter l'album

Electric Wizard

Albums chroniqués :
Chronique de Black Masses
Black Masses
2010

Chronique de Black Masses
Black Masses
2010

Chronique de Dopethrone
Dopethrone
2000

Electric Wizard
Electric Wizard
Voir la page du groupe
Création : 1993
Genre : Doom Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:



Groupes en rapport


Neurosis
Neurosis
Voir la page du groupe
Création : 1985
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis

Rapports de concerts:

Ramesses
Ramesses
Voir la page du groupe
Création : 2003
Genre : Doom Metal
Origine : Royaume-Uni


Albums chroniqués :
Chronique de The Guessing Game
The Guessing Game
2010

Cathedral
Cathedral
Voir la page du groupe
Création : 1989
Genre : Doom Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Sleep
Sleep
Voir la page du groupe
Création : 1990
Genre : Doom Metal
Origine : États-Unis

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Dehumanizer
Dehumanizer
1992

Chronique de Tyr
Tyr
1990

Chronique de The Eternal Idol
The Eternal Idol
1987

Chronique de Seventh Star
Seventh Star
1986

Black Sabbath
Black Sabbath
Voir la page du groupe
Création : 1969
Genre : Heavy Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Van Halen
Van Halen
1978

Van Halen
Van Halen
Voir la page du groupe
Création : 1972
Genre : Hard Rock
Origine : États-Unis