En cette année 1998, le Death Metal se complaint dans le classicisme d’une expression à l’apparence tantôt gore, tantôt brutale, tantôt satanique, tantôt horrifique et tantôt, même, tout à la fois. Il s’alourdit, de surcroit, d’une dévotion stylistique déjà presque obligatoire. Musicalement, la mouvance agressive navigue dans les délicieuses eaux troubles d’un océan toutefois connu. Bien évidemment dans ces périples en mers relativement conquises, il y aura autant d’albums excellents que de moins bons. Mais combien font-ils réellement figure d’exceptions ? Combien sont-ils véritablement uniques ?
Formé en 1993 autour de
Karl Sanders au chant et à la guitare, de Pete Hammoura à la batterie et de Chief Spires à la basse et aux chants,
Nile va rapidement se démarquer de ce marasme caricatural ambiant en donnant naissance à un Death Metal inspiré, technique et terriblement féroce. C’est avec ce premier véritable album, Amongts the Catacombs of Nephren-Ka, que le groupe va poser la première pierre d’un majestueux édifice qui va changer, à tout jamais, les perspectives sanguinolentes d’une scène Death Metal quelques peu immobilistes en un paysage plus nuancé aux contrées arides et violentes.
De primes abords, les mots de cette œuvre apparaissent comme un témoignage respectueux à l’univers à la fois lovecraftien, dans ce qu’il a de plus énigmatique, mais aussi, au travers de ses écrits et des connaissances de
Karl Sanders sur le sujet, à celui de l’Egypte antique dont
Nile exhale un parfum fantasmé au travers du prisme de sa créativité. Cette délicieuse divergence ethnique pourrait n’être qu’anecdotique si elle ne s’inscrivait pas, au-delà des textes, dans une démarche conceptuelle musicale plus large. En effet, outre ces rédactions antiques,
Nile construit ces titres autour d’ambiances majestueuses où les instruments tribaux, les envolées imposantes de chœurs psalmodiques et les atmosphères dépaysantes arabisantes se mêlent aux voix gutturales délicieusement caverneuses et aux déchainements musicaux brutaux superbes. Car, en effet,
Nile ne construit pas sa légende sur l’aspect exclusivement unique de sa démarche aux parfums de l’Egypte ancestral, il conjugue ce talent, déjà admirable, à un gout très prononcé pour un Death Metal inhabituellement sauvage. De telle sorte qu’à l’instar de ces compatriotes d’
Hate Eternal ; ou encore des brésiliens de
Krisiun,
Nile va transcender le genre vers une ère nouvelle de bestialité, de technicité et de talent.
Pourtant si le groupe se démarque par une agressivité inhabituelle et une vision insolite, il sait aussi développer des airs suffisamment variée pour ne jamais abrutir son auditoire. En d’autres termes,
Nile vous propose la sécheresse de ces climats désertiques et la virulence inexorable de sa musique, dans lesquelles il parsème de bienveillants oasis salutaires.
Quoiqu’il en soit des ergs étouffant dévastés d’un âpre Smashing the Antiu vif, d’un belliqueux The Howling of the Jinns, ou encore, par exemple, d’un combatif
Pestilence and Iniquity ; en passant par les étendue arides d’un excellent Ramses Bringer of War ou d’un superbe Opening of the Mouth, deux titres aux relents culturels remarquablement égyptiens, mais aussi d’un merveilleux Beneath Eternal Oceans Of Sand au prélude et au final acoustique, sans oublier Kudurru Maqlu et Die Rache Krieg Lied Der Assyriche, deux instrumentaux ethnique magistraux ;
Nile dévoile le premier plans d’une construction qui s’annonce grandiose.
L’ambitieux projet de cette immense fresque pharaonique est en marche.