On est en 2002, je suis en 6ème, ça se passe bien, j’ai des bonnes notes et mes profs sont contents de moi. Il y a le petit Jordan qui est méchant et qui me tape aux récrés pour avoir mes chocos. Je l’ai pas dit à mes parents alors aujourd’hui je me confesse. Papa, Maman, j’ai perdu 60 euros à donner mes chocos à Jordan...Bon, trêve de plaisanterie, on est en 2002 soit un an après la sortie de
Blackwater Park, album excellent, album de la maturité et de la consécration pour les gars d’
Opeth. On est en 2002, soit seulement un an après la sortie de ce chef-d’œuvre et Deliverance va marquer un tournant dans la discographie des suédois.
Blackwater Park se révélait être un album complexe et varié, très polyvalent et recherché. Le pari était donc osé à l’annonce de ce diptyque composé de Deliverance et de Damnation, albums dualistes dont l’évocation laissait planer le doute.
Opeth allait-il pouvoir égaler le désormais culte
Blackwater Park et évoluer comme il l’avait fait ? Le pari est tenu, Deliverance se révèle être à la hauteur de son prédécesseur. Outre l’éponyme « Deliverance », ce sont tous les morceaux de cet album qui sont excellents. De « Wreath », premier morceau épique et puissant à « Master’s Apprentices » qui joue à merveille sur le groove en passant par « A fair Judgement », véritable chef-d’œuvre dans la carrière d’
Opeth dont l’entrée au piano préfigure toute l’ambiance et la portée du titre, Deliverance joue la carte de l’originalité et de la violence.
Cette violence est due à la puissance dégagée par l’album et au concept même donné par le diptyque : Deliverance étant le penchant sombre face à Damnation qui joue sur la clarté. D’obscurité il est question à l’écoute de cet album dont l’éponyme « Deliverance » est l’exemple même. Sombre, rapide, très groovy et progressif, le titre est la pièce maîtresse de l’opus. Son final dantesque hypnotisant et presque robotique laissera béat, conférant au groupe un statut technique supérieur. « A Fair Judgement » n’est pas en reste avec ses guitares magiques et sa production impeccable assurée par le très respecté Steven Wilson (
Porcupine Tree). Le chant d’Akerfeldt dévoile encore un peu plus sa richesse au travers de ce titre surprenant de la part d’
Opeth. Une perle acoustique de la part des suédois qu’accompagne un solo rock-blues de toute beauté. Violence dans les propos également, Akerfeldt puisant dans la noirceur de son esprit pour écrire les paroles de cette galette.
Malgré un côté sombre évident, Deliverance semble cacher une lueur de lumière (l’interlude « For Absent Friends » tout en acoustique et le passage central d’ « A Fair Judgement ») et conserve malgré tout de la beauté presque irréelle. C’est même dans cet album que l’on retrouve une pléthore de passages magnifiques, figurant dans les meilleurs de leur carrière. Lopez semble lui-même être au sommet de son art, alternant entre un jeu brutal incisif et un jeu jazzy du plus bel effet. C’est beau, recherché, et terriblement percutant. On notera également un essai expérimental étrange à travers la très orientale « By the pain I see in others » et ses sons de guitares qui rendent le titre très torturé et au final énigmatique où l’on discerne la voix d’un imam au loin. C’est véritablement démoniaque, à l’instar de « Master’s Apprentices » où Akerfeldt rit en grawl.
Première partie du diptyque, Deliverance est l’album le plus sombre et l’un des plus audacieux de la discographie d’
Opeth. Riche au niveau des parties acoustiques ici sublimes et possédant des titres cultes (« Deliverance », « Master’s Apprentices » et « A Fair Judgement »), l’album est un coup de maître dont seul le groupe a le secret. Mieux produit, plus travaillé et bénéficiant d’une identité forte et originale, Deliverance est encore supérieur à
Blackwater Park. Une surprise de taille en cette année 2002. Franchement Jordan…à côté de Deliverance…ben t’es nul !