Un an après un Pulver torturé et débridé, les suédois de
Lifelover reviennent à l'assaut avec Erotik, leur second album. Après les multiples saveurs black rock dépressif versées sur le précédent opus, Kim et sa troupe dévoilent l'évolution de
Lifelover, à travers une musique toujours aussi étrange, souvent comparée à
Shining. Au premier coup d'oeil, on voit bien que la formation suédoise a mis de l'eau dans son vin comme on dit, puisque l'artwork se veut bien moins choquant que celui de Pulver... Mais concentrons-nous sur la musique!
"Förspel & Intrång" déboule avec une mélodie aussi belle que mélancolique, intro idéale pour nous balancer le riff inspiré de "Sweet Illness of Mine"... Ce premier titre jaillit aux oreilles des auditeurs, et présage un album plus posé, à l'image des vocaux de Kim, clairs sur une grande partie de celui-ci. L'ambiance poisseuse et complètement torturée de Pulver est donc écartée... Jusqu'à "I Love (To Hurt) You", dans lequel Kim revient en force avec son timbre déchiré et maladif, proche de celui de Kvarforth. Le
spectre de Pulver et sa décharge d'anxiolitiques reprend alors ses droits.
Le rock maladif de Pulver est lui aussi présent, par l'intermédiaire de titres comme "Saltvatten (Du + Jag VS. Tellus)", "Besatt" ou encore "Museum of Past Affections". Mais dans l'ensemble, Erotik possède une patte assez différente de celle du précédent opus. Car même si l'on reconnaît la touche
Lifelover sur certaines parties, d'autres savent nous prendre à contre-pied pour mieux nous enfermer avec elles dans leur camisole de force... Car
Lifelover (et par conséquent Erotik), c'est avant tout une manifestation musicale d'esprits torturés et tourmentés par la folie, boostés pour l'occasion par quelques anti-dépresseurs à la force percutante.
Erotik surprend également par son étrange concept, à la fois joyeux et dangereux, sur "Nitlott". Véritable mastodonte (onze minutes), il conclut cet album de manière totalement décalée, en mélangeant sonorités enfantines, riffs acoustiques mélancoliques, murmures étranges, et parties ultra-bordéliques, vestige d'un morceau que l'on écouterait sous acides! Les hurlements déchirés et schizophrènes de Kim ajoute un côté malsain et désespéré à ce morceau étrange... Un final déjanté en somme, à la fois morbide et surtout oppressant, qui se termine par un coup de feu, que l'on imagine fatal. Ou comment mettre en musique un désespoir tel que le suicide reste la seule solution...
Globalement, la production d'Erotik est à la fois limpide et sale, sensation aussi particulière que l'est la musique de
Lifelover. Les parties "black" sont saturées à l'extrême, les guitares grésillent, alors que la basse et le chant bénéficient eux d'un son poli et propre. Bizarrement, cette dualité dans la production sonne plutôt bien... Une nouvelle contradiction donc, qui fait de
Lifelover un groupe à part!
Après un Pulver surprenant,
Lifelover enfonce le clou avec Erotik, reprenant ce que le précédent opus a laissé derrière lui, tout en y apportant quelques touches fraîchement trouvées. Les onze compositions de l'album ne se ressemblent guère, seul le sentiment de torture mentale reigne du début à la fin. Moins proche de
Shining,
Lifelover poursuit son chemin, sans vraiment se soucier de ce que l'on peut penser d'eux. Erotik est un album torturé, vous êtes avertis...