Indiscutablement Still Not Black Enough, précédent effort des américains de WASP, nous offrait le triste spectacle d’une caricature apparaissant comme un aveu de faiblesse de la part de son compositeur provocateur le plus renommé. Nous laissant, en effet, entrevoir quelques ébats coupables entre un Blackie Lawless, âme créative fondamentale de ce groupe, muet, et entre une facilité discutable consistant à puiser maladroitement une inspiration au cœur de ces immédiats travaux précédents, cet œuvre ne fut rien d’autre qu’un exsangue reflet anecdotique de deux des plus excellents manifestes à la gloire du remarquable esprit inventif de cet homme ( à savoir The Headless Children et The Crimson Idol).
Aussi fade et insipide que fut cet opus, WASP, hideuse entité nuisible mû par les frasques initiatrices de son concepteur, ne pouvait se résoudre à agoniser sans opposer à l’inexorabilité de cette mort artistique, bien trop souvent inéluctable, cette férocité avide du sursaut qui, sans le talent des hommes qui mènent ces assauts désespérés, s’avère ordinairement vain. Mais depuis toujours ce groupe, et cet homme, se définirent par son aspect irrévérencieux et combatif. Ce nouveau cri primal prit donc la forme d’une nouvelle œuvre, KFD, acronyme utilisé pour Kill, Fuck, Die, qui sortit en 1997.
Si Blackie Lawless ne manque assurément pas de caractère, les nombreuses extravagances d’un passé sulfureux peuvent en témoigner, nul n’aurait pourtant pu augurer de ce que son orgueil, dont il n’est peut être pas exagéré d’envisager qu’il fut passablement atteint, allait, dans un incroyable sursaut, imaginer ici. Loin de se satisfaire d’une complaisance qui aurait consisté à corriger les erreurs commises sur son précédent plaidoyer en se contentant de reprendre les valeurs sûres de ce Heavy qui fit sa réputation, il va, aidé de son fidèle compagnon Chris Holmes de retour, en prendre le contrepied le plus radical en proposant à un auditoire ahuris les affres froides des mécaniques implacables de ces musiques Indus. Et alors que de tout temps le groupe fut instinctif et organique, voici qu’il allait devenir inflexibles et machinal.
Dès lors, la difficulté nait. L’incrédulité d’adepte enthousiasmé par ce que fut autrefois ce groupe, ne peut, en effet, qu’être troublée par un tel bouleversement. Pourtant l’oppressante réalité de ces riffs sombres et torturés, de ces atmosphères synthétiques noires ou encore de ces étouffantes plaintes obsédantes suffisent à ne pas laisser sombrer l’âme de l’auditeur hagard dans la déception. Bien au contraire la voix gémissante exceptionnelle de Blackie sur My Tortured Eyes ou encore les lancinantes allées sombres de Kill your Pretty Face, U ou encore, par exemple, de l’excellent The Horror nous guident au plus profond de ces délicieuses ténèbres.
De plus si l’album nous présente un visage inédit de WASP, il en garde pourtant quelques stigmates originels évidents. Ainsi, agrémentés de ces ambiances particulières, de ces guitares typiquement Indus mais aussi de ces éléments synthétiques défigurant le visage du groupe, certains titres, tels que, par exemple, Kill Fuck Die, ou encore, par exemple, Killahead demeure, indéniablement, marqué par certaines cicatrices d’autrefois.
KFD est donc un album atypique offrant, a un public dubitatif et partagé, le faciès défiguré d’un WASP transformé. Il appartiendra, bien évidemment, à chacun, à la mesure de ses propres envies et attentes, de se faire son avis propre. Au-delà de cette vérité écrite, nul ne pourra rien reprocher à cette démarche artistique intègre et tout simplement géniale.