La pochette est explicite :
Blackie Lawless est de retour et ça va saigner. Enfin, à priori. Si l’homme ne se blesse pas avec les scies circulaires qui dépassent de son anatomie. Ce qui serait quand même balôt.
En fait,
W.A.S.P. ne parviendra pas à surfer sur le succès de son premier album éponyme. Les raisons en sont assez simples et résident dans la personnalité débraillée et orgueilleuse de son leader qui opère une baisse de régime assez spectaculaire après la virulence heavy metal du précédent opus. C’est moins choquant, moins goguenard. Blackie pose le jeu comme s’il cherchait à glaner de nouvelles parts de marché en proposant un disque bien plus mainstream.
Bien sûr, l’imagerie ne change pas.
W.A.S.P. reste
W.A.S.P., c'est-à-dire que l’on retrouve un look schock rock avec coques moules-burnes de rigueur, ça renifle toujours la sueur et le sang, c’est ce qui est gravé dans les sillons qui change considérablement la donne. Plutôt que de surfer sur ce qui a fait le succès du premier album, Blackie ralentit donc les tempos et pose des mélodies plus aventureuses. L’onde de choc n’est du coup plus la même. Pourtant, ça ne l’empêche pas de s’illustrer magnifiquement sur
Wild Child qui devient un classique instantané, une composition savamment calibrée qui servira souvent de modèle à son géniteur ; celui-ci se perdra souvent par la suite à essayer de la reproduire.
Wild Child, oui, mais pas si sauvage que ça, au contraire, on assiste à un exercice de style, tout en retenue malgré une base clairement heavy. Le refrain est balancé, immense, le solo de
Chris Holmes est toujours une pépite mélodique qui hérisse doucement les poils des bras. On peut dresser un bilan approchant pour l’énorme
Blind In Texas qui décolle les papiers peints du mur un peu plus loin sur la galette. Il s’agira d’ailleurs de deux gros classiques pour
W.A.S.P. qui continue à les jouer en live avec une certaine bonhomie (Lawless étant ce qu’il est…).
Le reste ? Il peine grandement à marquer les esprits. Oh ! C’est loin d’être mauvais, mais il manque soit un riff malsain et accrocheur, soit un refrain fédérateur, soit les deux en même temps pour permettre au groupe de rééditer le tour de force du précédent disque. Le titre éponyme sort également du lot, mais autour, si ce n’est pas du vide, c’est du remplissage de luxe. Ce qui rend parfois l’écoute de
The Last Command très frustrante car l’absence de hits, de morceaux phares, rend l’ensemble friable. Où est passé ce bras d’honneur adressé à la censure ? Que sont devenus les hymnes radicaux comme
I Wanna Be Somebody,
Hellion ou
The Torture Never Stop ? Et encore, on ne mentionne même pas le provocant
Animal ( I Fuck Like A Beast)...
La balance est déséquilibrée. En penchant du côté de l’ordre,
W.A.S.P. sort un bon album, mais quelconque par rapport à son digne grand frère. Et c’est peut-être bien là le premier grand tournant dans la carrière du groupe, qui passe pour un joyeux trublion là où l’on attendait une vraie confirmation. Mais pour Blackie Lawless, ce ne sera que partie remise, même si cela se fera plus loin dans le temps.