Il aura fallut attendre que Bronze Records dépose officiellement le bilan pour que
Motörhead puisse enfin retourné en studio, trois ans après l'excellent
Another Perfect Day et deux après la compilation No Remorse, alors que le groupe, précis comme une montre Suisse, avait l'habitude de régaler les fans avec au moins un disque par an. Autant dire qu'ils avaient les crocs, les musiciens, surtout que Lemmy était entouré de jeunes loups qui en voulaient (même si le batteur
Pete Gill pouvait être considéré comme un vétéran de la scène metal puisqu'il a officié dans
Saxon à ses débuts).
Et la pochette n'est que le reflet de ce disque. Une locomotive que l'on se prend en pleine tronche et ça, c'est pas beau à voir. Après les expérimentations mélodiques,
Motörhead revient à un style plus burné et bien moins rock'n'roll que par le passé. Sans enfoncer la pédale de l'accélérateur, le groupe se montre très direct, agressif même, comme pour rappeler aux combos de thrash qui les citent souvent comme référence qu'ils sont là et qu'il faut compter sur eux. Et après cette absence, il est quelque part bon d'entendre la formation de
Lemmy Kilmister aussi en forme.
Cependant, une fois que l'on commence à gratter la couche de vernis, on se rend compte que quelque chose ne fonctionne pas comme il le devrait sur cet opus. Certes, Orgasmatron est plutôt jouissif dans la forme, rentre-dedans bien comme il faut, maisson côté heavy fini par lasser car tout devient vite très répétitif. A deux guitaristes, le travail est moins fluide que ce que proposaient
Fast Eddie Clarke et
Brian Robertson par le passé. On ne retrouve pas la touche typiquement rock'n'roll du premier, ni la patte mélodique de l'ancien
Thin Lizzy. Et là, on comprend en fait que
Motörhead a perdu gros avec ses anciens gratteux qui donnaient au groupe son essence, sa maîtrise du style qui leur permettait d'être aussi bien accepté par les fans de metal que de punk. Sans oublier le jeu de batterie de Gill qui n'est pas toujours raffiné. L'homme est plus technique que
Philty Animal Taylor, mais du coup, son style trop carré et volontiers bourrin n'aide pas les morceaux à se développer convenablement.
Parlons en des chansons, justement. Il y a vraiment du très bon sur ce disque, comme
Deaf Forever qui a la lourde charge d'ouvrir le feu, ce dont elle s'acquitte avec brio, ou encore
Mean Machine qui est une véritable machine de guerre, sans oublier le morceau titre qui fait du bien par où il passe. Des petites perles, dont certaines sont encore jouées en live aujourd'hui. Le reste évolue entre le correct et le remplissage. Avec neuf titres en tout (douze pour la version remasterisée), ce n'est pas terrible finalement. Le problème vient d'une uniformisation un peu trop prononcée du style, où avant on pouvait avoir des variations assez subtiles (il suffit de se référer à
Overkill ou
Another Perfect Day pour s'en rendre compte) et cet Orgasmatron s'apprécie de façon différente du coup. Comme un coup de boule en somme, qui fait cracher les dents et qui brise le nez avec une facilité déconcertante, mais comme un coup de boule, on ne peut s'empêcher d'avoir de la rancoeur envers celui qui l'a administré.
Bref, après toute cette attente, alors que l'on n'y croyait même plus,
Motörhead est revenu et il n'a pas tenu toutes ses promesses, avec cet Orgasmatron un peu décevant en définitive. La barre avait été placé haute, à cause des années écoulées sans nouvelle sortie et on se dit qu'il manque un petit quelque chose, pas forcément grand chose, pour que ce disque soit une véritable gifle. A défaut de grive, on mange des merles. Et ce n'est pas la même chose.