Contrairement à une idée reçue, Chuck Schuldiner n'a pas créé le death metal avec son premier effort,
Scream Bloody Gore, il a juste mis une musique assez jeune, née du cerveau détraqué des divins
Possessed, sous les feux de la rampe, il l'a rendue populaire et il est devenu par extension la figure de proue du mouvement. Bref, Death n'est pas le premier groupe du genre, mais il est le premier à avoir eu une telle reconnaissance et ce dès son premier opus.
Et Chuck, au moment de composer son second album, se sent de plus en plus à l'étroit en Californie où la mode est plutôt aux paillettes du glam. Son idée, c'est de retourner en Floride, mais
Chris Reifert n'est pas enclin à faire demi-tour. Ce dernier fondera
Autopsy tandis que Chuck retourne chez lui. Là, il débauche les membres de Massacre afin de former un line-up complet où il pourra pleinement se concentrer sur la guitare. Avec son premier line-up, il s'en va enregistrer aux Morrisound Studio, sous la direction de Dan Johnson, assisté par un certain Scott Burns.
Pour la pochette, on retrouve encore Ed Repka, qui signe ici une jaquette qui fera date. Le choix des couleurs, la sobriété du trait, la fatalisme que l'illustration dégage, tout cela attire l'oeil, surtout que le logo du groupe semble suinter de ce ciel rose lugubre. On se demande tout de suite si Death s'est assagi ou au contraire, si par le biais de la suggestion, il va arriver à nous faire agripper les bras de nos fauteuils avec une débauche de violence.
Et quand on met le disque, on se rend vite compte que le groupe a pas mal évolué en un an. Chuck Schuldiner ne s'illustre pas encore comme une espèce de génie de l'extrême, non, mais il donne à nouveau des lettres de noblesse à un style balbutiant. D'entrée, on est pris à la gorge par la reptation infernale du morceau titre : rythmique lourde, basse malsaine et grumeleuse, guitares qui suintent de pus, chant limite vomi, jusqu'à une accélération qui n'est pas simplement un prétexte pour en mettre plein la tronche à l'auditeur. Chez Death, les variations de tempo sont tout simplement viscérales. Comme si Chuck ne pouvait pas imaginer une chanson sans varier ses plaisirs : il ne faut pas lasser l'oreille, il faut sans arrêt surprendre, quitte à ne pas respecter le schéma traditionnel couplet/refrain. Déjà, on peut deviner l'orientation technique du Death futur. Ici, c'en est encore aux premiers pas, ce n'est pas encore définitif, pas complètement. Les soli peuvent fuser à tout instant. Quand on a de la chance, c'est Chuck qui s'en charge et on déguste salement. Si on tire la mauvaise pioche, c'est Rick Rozz, moins appliqué, plus brouillon. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le titre qu'il a écrit,
Primitive Ways, est un peu en-dessous du reste. Un expérience qui lui sera néanmoins profitable pour mener Massacre à un niveau supérieur.
Il est difficile de sortir indemne de ce Leprosy. L'enchaînement des morceaux ressemble à un une punition pour les cervicales tant ces dernières seront mises à l'épreuve. Les quatre premiers morceaux sont un condensé de violence où la basse martèle sauvagement, où les guitares s'imprègnent du thrash le plus sale pour sublimer toute cette violence. Le discours reste encore gore, mais Chuck commence à prendre quelques distances avec les histoires d'horreur sulfureuses. Ainsi,
Pull The Plug, parle d'une personne dont la vie est assurée par des machines et dont la seule envie est que quelqu'un débranche cette foutue prise. Et encore une fois, la construction du morceau est bien pensé : sur un mid tempo angoissant, Schuldiner pose la dramatique avant d'engager la voix de la rage sur une accélération dont il a le secret. Un titre très marquant, un véritable classique pour le groupe.
Leprosy est un excellent disque. Mais il ne confine pas encore au génie. Il s'émancipe déjà de son prédécesseur de bien belle manière, en proposant un musique plus travaillée, plus riche. Schuldiner ne le savait pas, mais il venait de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il y aura clairement un avant et un après Leprosy. Ce disque reste donc une référence, malgré quelques défauts mineurs qui s'estomperont par la suite.