Au début des années 90, la scène extrême anglaise était effervescente comme un alka seltzer. On avait d'un côté le gore assumé d'un
Carcass] ou d'un [[Napalm Death, le death metal guerrier de
Bolt Thrower ainsi que l'hégémonie doom initiée par l'écure
Peacevile avec
Paradise Lost,
Anathema,
My Dying Bride ainsi que plus loin un
Cathedral qui repoussait les limites de la lenteur. Le black metal restait jusqu'alors une spécialité nordique, la déferlante n'était pas encore arrivée. Pourtant, un jeune groupe s'apprêtait à sortir son premier album officiel dans ce style et ce groupe, c'est...
Cradle Of Filth.
Cradle Of Filth, le groupe qu'on aime montrer du doigt en disant d'eux que ce sont des falses, des lopettes, des mecs incapables d'avoir une idée non commerciale de ce que doit être le black metal. Pourtant, le groupe ouvrira une porte dans ce style quelques années plus tard, moins extrémiste, plus facile d'accès et qui permettra de montrer un style à la sale réputation sous un jour (un peu) meilleur. Le groupe libèrera un style confiné de l'underground.. Alors oui, le groupe est critiquable,
Dani Filth est devenu un chef d'entreprise avec le temps, mais il a su faire survivre un groupe alors qu'à l'écoute de ce premier album ce n'était pas forcément gagné.
A l'instar de
Darkthrone au début des années 90, Cradle Of Filth est passé du death metal au black. Si les premiers en ont une vision plutôt crue et directe, Cradle voit en cette musique un moyen plus intéressant de s'exprimer, de raconter de longues histoires ayant trait au vampirisme façon gothique dans le sens victorien du terme. Les morceaux sont rapides, des relents death se font entendre au détour d'un break et par le besoin des musiciens de s'exprimer pleinement (sur cet album, il n'est pas rare d'entendre distinctement la basse malgré une production plus que médiocre). Il est étonnant d'entendre Dani évoluer dans un registre grave, ponctuant ses interventions de passages plus aigus utilisés comme un gimmick avant d'être une habitude comme ce sera le cas sur
Dusk And Her Embrace par exemple. Mais déjà, il y a cette voix féminine qui vient s'inviter subtilement pour donner la réplique à Dani, ce qui amène un contraste bienvenue, les chansons deviennent moins prévisibles. Les touches gothiques sont bien plus rares. Il faut dire qu'à cette époque, le synthé s'illustre principalement sur l'intro qui n'est pas sans rappeler le thème de l'Exorciste. Sinon, il devient rapidement kitsch, comme si un synthé des années 80 était utilisé et sous mixé. Le rendu de cet instrument est le gros point faible de cet album.
Il est amusant que beaucoup des titres de cet opus auront été repris sur différents EP, comme par exemple le génial The Forest Whispers My Name qui aura droit à un lifting sur
Vempire. La prod est bien trop mauvaise sur cet album pour que le groupe puisse s'exprimer pleinement, pour qu'il laisse réellement transpirer de quoi il est capable; Cependant, ce disque permet de se faire une idée de ce qu'allait devenir Cradle Of Filth dans un futur proche. Une carte de visite intéressante même si cet album sera rapidement éclipsé par les suivants.