Principle Of Evil Made Flesh avait du potentiel, un potentiel que la production noyait complètement là où le groupe aurait mérité plus de puissance. Ce n'était que partie remise :
Cradle Of Filth s'empresse de signer chez Music For Nations pour avoir une production plus en phase avec ses aspirations. Et même si à ce niveau de gros progrès restent à faire, Dusk... And Her Embrace enfonce totalement son prédécesseur.
Avec sa pochette renvoyant à l'oeuvre de Bram Stoker (difficile de ne pas songer à la nouvelle l'Invité de Dracula en feuilletant le livret, entre le cimetière, la forêt peu accueillante et cette silhouette),
Cradle Of Filth nous conduit dans son univers peuplé de vampires décadents, gothique.
Dès l'intro, grandiloquente, on devine que cet album va être démesuré par rapport à l'usage du clavier. Ce dernier n'est jamais trop envahissant, les autres instruments ont de la place pour s'exprimer (même si, problème récurrent, la batterie est sous-mixée), mais il sert de guide sur de nombreuses compositions, créant l'ambiance, amenant des passages plus atmosphériques. Les guitares, d'inspiration maidenesque, viennent quant à elles combler les espaces sans être particulièrement géniales, soit dit en passant. La basse a bien plus de présence et soutient davantage cet édifice à l'architecture délicate.
La voix de
Dani Filth peut être bloquante pour l'auditeur. S'inspirant du travail de
King Diamond, il passe du grave à des passages suraigus et hurlés, inintelligibles. Cependant, ces cris fonctionnent sur le black metal joué par les britanniques et le chanteur arrive même à son apogée sur cet album, livrant sa prestation la plus convaincante et la plus jusqu'au-boutiste dans le style. Parfois,
Sarah Jezabel Deva vient lui donner la réplique, proférant des insanités de sa voix superbe, sans marquer plus d'émotion que la suffisance qui sied à un vampire (n'est-ce pas ?).
Cronos de
Venom vient également se fendre d'un speech d'une violence sourde sur
Haunted Shores.
On voyage ainsi dans un monde crépusculaire, où le black se fait romantique, gothique.
A Gothic Romance semble parodier un instant une musique de chambre angoissante avant de proposer un pur chef-d'oeuvre ambiancé, froid et dément, pétri de perversité,
Malice Through The Looking Glass est une composition éthérée, fantômatique et absolument jouissive,
Dusk And Her Embrace, le morceau titre, est une perle de noirceur dans ce royaume voué à la luxure la plus mortelle.
Qu'on le veuille ou non, cet album est l'une des pierres angulaire du black metal, au même titre que le
De Mysteriis Dom Sathanas de
Mayhem ou du
In The Nightside Eclipse de
Emperor et aura grandement contribué à populariser le black metal, à le sortir de l'underground où il se cantonnait par principe, par "idéologie". Pour
Cradle Of Filth, la suite sera moins glorieuse, mais avec cet opus, il atteint des sommets de créativité et de maîtrise. Un excellent album.