On ne donnait pas cher de la peau de
Jeff Waters viré à grand coup de pied avec
Annihilator de la maison Roadrunner, en une période trouble où le thrash ressemblait à une bête difforme, un animal né malformé que l'on devait abattre. Simple question d'éthique. Le grunge est passé par là et il n'y a plus trace de fun dans la musique.
Annihilator avait déjà tenté le destin en 1993 avec
Set The World On Fire, et le disque avait fait un flop.
Mais Jeff Waters n'est pas le genre de personne que l'on fait taire aussi facilement. Le gaillard a du répondant et surtout, une volonté de fer.
Annihilator est son bébé et
Annihilator sera, même s'il doit tout faire tout seul. Ce qui est presque le cas pour Kill Of The King, où Waters est juste accompagné par le solide
Randy Black derrière les fûts. Fort d'une signature sur le label Music For Nations (alors en pleine expansion grâce à ses signatures européennes), c'est en confiance que le Canadien revient à la charge.
Mais de savoir Waters seul maître à bord n'est pas un gage du retour aux sources souhaité par de nombreux fans. Même si la pochette se veut agressive (et on notera la présence des poupées de chiffon, indissociables du groupe depuis le premier opus,
Alice In Hell en 1989), le discours musical se veut plus réfléchi. Sans nous refaire le même coup que sur
Set The World On Fire, Waters n'explore pas systématiquement les contrées désolées du thrash, il parcourt d'autres pays, guère moins moribonds en ce début de décade, ceux du heavy metal.
Et le disque débute par un exercice basse/batterie lourd, lent, pesant. La guitare s'invite et ajoute du poids à l'ensemble. Jeff pose alors sa voix, grave, rude. Même s'il ne sera pas aussi marquant que ses prédécesseurs, sa présence derrière le micro est plutôt solide et son chant fonctionne à merveille sur ce disque. Et
The Box est une entrée en matière pour le moins heavy. Le titre dégage une force hypnotique, dans la façon dont son agencés les riffs et autres effets de guitare, que l'on retrouvera tout au long du disque (comme pour le morceau
Annihilator, au refrain cliché à souhait). Et quand le "groupe" met le feu aux poudres, les détonations sont assourdissantes.
King Of The Kill est à ce titre l'une des (nombreuses) perles de
Annihilator, une décharge de chevrotine dans la face qui fait des ravages. Rythme effréné, une guitare rêche et agressive comme on les aime, une double grosse caisse qui pilonne sans répit, un chant tout juste maîtrisé, gras et éraillé à la fois... Un classique pour Waters, encore fréquemment joué de nos jours. On peut également mentionner
Hell Is A War en trompe-l'oeil, où les parties calmes font partie d'un ensemble chaotique et mouvementé, où la violence s'allie à des paroles un peu formatées, un peu ado, mais qui collent bien à l'ambiance développée.
Annihilator sort la tête de l'eau, même s'il avale encore la tasse par moment. La ballade
In The Blood se veut être un exercice de style, un passage obligé, mais on sent que Waters y atteint ses limites dans le chant et dans l'inspiration. Des intermèdes musicaux s'immiscent dans l'album, inutiles, et viennent casser la dynamique des morceaux qui ne sont pas tous égaux. On retrouve diverses sources d'inspirations, des titres à l'esprit plus rock'n'roll comme
Speed où la rythmique groovy n'est pas sans rappeler
Van Halen et d'autres qui peinent à démarquer en raison de leur conformisme (
Second To None).
Si l'on veut faire un rapprochement audacieux, on peut dire que Jeff Waters essaye de faire la même chose que
Judas Priest dans la première moitié des années 80, à savoir proposer des disques variés, où les morceaux proposent chacun une saveur différente. L'idée semble là. La qualité, elle, n'est malheureusement pas toujours au rendez-vous. Mais en 1994, le simple fait de savoir qu'
Annihilator était encore en vie était suffisant pour les fans. Et avec le recul, si l'on reproche des faiblesses à l'ensemble, il convient de reconnaître qu'il contient quelques brûlots dont l'efficacité n'est plus à prouver.