Faire une analogie entre cet album et le Risk de
Megadeth peut sembler déplacé, mais si on racle le vernis de ce disque et des réactions qu'il a suscitées à sa sortie, le parallèle est plus flagrant. Parce que, comme Risk qui verra le jour six ans plus tard,
Set The World On Fire est un disque mal-aimé par les fans, au début d'une histoire de désamour avec leur groupe fétiche, à grands coups de je-t'aime-moi-non-plus et de bouderies successives lors des sorties du combo. Parce que, comme pour Risk, l'apogée commerciale a été atteinte et la chute sera brutale,
Annihilator étant attendu au tournant. Parce que musicalement, et comme Risk,
Set The World On Fire propose un discours qui ne convient pas à ceux qui attendaient plus de virulence.
Parce que Jeff Waters corrige sa copie. Déjà, l'équipe change pas mal depuis Never Neverland, Coburn Pharr est viré manu militari (même si ce disque était prévu pour lui vu qu'il est crédité sur plusieurs textes) au profit du jeune Aaron Randall qui possède une voix plus malléable, plus mélodique, sans pour autant montrer l'agressivité de ses prédécesseurs. Et avec ses nouveaux musiciens, qui ne manquent pas de talent, Waters contemple le déclin du thrash pur et dur et tente de passer à quelque chose de proche et d'éloigné à la fois, moderne et classique sur le même espace.
Pourtant la jaquette donne bel et bien l'impression que
Annihilator va aller dans la continuité de son oeuvre, vu que l'on retrouve une Alice adulte (cf la poupée à ses pieds) dans un monde ravagé, post apocalyptique. Ce n'est que poudre aux yeux. Dès les premiers instants de la chanson titre, on comprend qu'il ne faut pas chercher les repères habituels. La ligne mélodique est forte, les guitares moins rugueuses, moins foncièrement thrash. Randall chante avec conviction mais ne beugle pas. En revanche, les passages au phrasé proche du rap auront de quoi révulser les plus conservateurs des thrasheurs purs et durs. Et Waters (seul dictateur à bord ou presque) ne s'arrête pas là. Lorgnant volontiers du côté du big rock (
Don't Bother Me ressemble à du
Van Halen en plus musclé !) et du heavy metal classieux (
Bats In The Belfry, astucieux), avec deux ballades dont au moins une inutile, il arrive à frustrer son monde en proposant en fin d'album le puissant riff introductif de
Brain Dance qui se rapproche du travail effectué sur les deux précédents opus.
Annihilator se cherche, expérimente des sonorités inédites et ne parvient pas à donner une ligne directrice à cet album très varié. Même s'il dure moins de quarante minutes,
Set The World On Fire est un disque déstabilisant. Comme si Waters avait composé en s'inspirant de groupes qui n'ont aucun rapport avec son esprit thrash et torturé. La levée de boucliers des fans n'est pas étonnante tant au premier abord ce disque parait faible. Mais comme pour Risk, il convient de creuser un peu pour dénicher les perles rares, car il y en a.
Du coup, cet album pour le moins expérimental plaira à une certaine partie du public. Il ne faut pas le bouder sous prétexte qu'
Annihilator est une image du thrash et qu'un virage typé heavy metal deux ans après l'album éponyme de
Metallica est forcément malhonnête. Mais bon, à l'image de Risk, il déplaira à une large majorité. D'où cette note moyenne, qui ne cherche pas à prendre parti et qui suggère plus de ne pas écouter ce disque d'
Annihilator pour commencer son apprentissage...