Anathema semble vouloir brouiller les pistes. Avec cet album proposant une pochette digne d'un disque de rock prog', on ne sait pas vraiment à quel sauce on va être mangé cette fois-ci.
A Fine Day To Exit avait amorcé un virage, mais la musique du groupe n'a jamais été réellement stable, elle était en perpétuelle évolution, à la recherche de toujours plus de douceurs, de mélodies, d'émotions. Petit à petit, c'est même les propos qui changent. Fini les litanies doom, terminé la passion suicidaire, adieu la pure tristesse de pleurer un être cher.
Anathema s'assagit même dans ses paroles, malgré que la misère soit toujours là.
Danny Cavanagh évoquait souvent son désir de voir du positif, le chemin se fait lentement.
Pourtant, c'est toujours la mélancolie qui nous touche d'abord. Même si les contours se font de plus en plus atmosphériques et moins rock,
Anathema sait toujours toucher une part de nous-même, par de simples sons, qui semblent fouiller les tréfonds de l'âme, avant que la voix de
Vinnie Cavanagh ne vienne s'imposer d'elle-même, tout en douceur. Le gaillard ne cesse de nous étonner. Difficile de penser que le jeune homme pataud qui avait repris le micro sur
The Silent Enigma allait s'imposer avec le temps comme un chanteur capable de véhiculer autant de choses, autant d'émotions, sans avoir à se forcer, à noircir le trait ou à jouer les veufs éplorés. Il est parfait dans son rôle, on l'imagine aisément les yeux fermés, à propulser sa voix d'une façon naturelle et sereine. Et surtout, il n'oublie pas le passé. Le groupe non plus d'ailleurs.
Si
Anathema se pose dans une veine proche de
The Gathering sur
A Natural Disaster (il n'est pas étonnant que par la suite, Danny se soit produit en live avec
Anneke Van Giersbergen, avec talent d'ailleurs), le groupe n'oublie pas d'où il vient, il sait que malgré sa volonté de changer d'horizon, lui pour qui son nom devient un frein à la reconnaissance, il comprend que son public reste avant tout metal et se fend d'un morceau agressif et jubilatoire,
Pulled Under At 2000 Metres A Second, où les guitares se font rugueuse, où Vinnie crie, hurle, comme à l'époque de Eternity, avec conviction et bien mieux encore, tout en vivant un doublage sur les voix de toute beauté. Voilà pour la facette la plus dure, la plus heavy dont à envie de se fendre
Anathema, qui, entier, ne trahira pas son inspiration pour conforter ses bases.
Et la formation est devenue une affaire de famille.
Jamie Cavanagh rejoint ses deux frères, à la basse,
Lee Douglas, soeur du batteur
John Douglas, prend une place de plus en plus importante au sein d'
Anathema, elle n'est plus cantonnée à des backing vocals, elle tient le micro avec détermination sur la chanson titre, pour un moment très plaisant qui, encore une fois, n'est pas sans évoquer la version moderne de
The Gathering. Et en grattant un peu, on risque fort de découvrir que
Les Smith est le petit cousin par alliance de la grande tante du neveu du grand père de la soeur du père de la nièce des frères Cavanagh. Une osmose familiale qui peut cependant être fragile, Danny ayant souvent dit que c'était difficile de travailler avec son frère et que cela pouvait le motiver pour quitter le groupe. Rien n'est jamais parfait. Mais depuis le décès de leur mère, les frangins sont plus soudés que jamais et cela se sent ici, où tout est fait pour que le disque tienne la route.
Mais
A Natural Disaster est loin d'être parfait. Outre le long, trop long instrumental final (
Violence le mal nommé), on constate surtout que
Anathema arrive au bout de son style, qu'il peine à entièrement se réinventer sur ce disque, là où l'on avait jusqu'alors l'impression de vivre une évolution constante et réussie. Mais attention, l'album n'en est pas moins bon pour autant, juste assez prévisible et de ce fait, peut-être un peu moins essentiel que d'autres. Cependant, de nombreux groupes seraient ravis de sortir pareil opus, ne serait-ce que pour le lot d'émotions qu'il dégage, sa force de caractère dissimulée par un flot de sentiments parfois contradictoires.
Anathema connaîtra un passage à vide après cela, se contentant de sortir une espèce de compilation semi acoustique et des DVD, privés de maisons de disque. Une traversée du désert aussi honteuse que incompréhensible quand on connait la qualité des musiciens en oeuvre ici. Peut-être, comme ils le supputent, leur nom leur empêche de franchir un pallier. Et pourtant, ils n'en changent pas. Ils restent fidèles à eux-même. Et c'est ce qui compte.
Anathema est un groupe intègre.