Avec son triptyque
Eternity/
Alternative 4/
Judgement,
Anathema avait non seulement mis la barre très haut, il avait également montré une progression dans le style époustouflante, passant du doom plombé des débuts à une musique plus éthérée, plus ambiante, avec à chaque fois une progression dans la qualité presque palpable. Un grand groupe, assurément, sanctifié par les fans, reconnu par la communauté metal en général et qui, cependant, a toujours un certain mal à s'imposer.
Conforté par la venue de l'ancien
Cradle Of Filth Les Smith en tant que membre permanent du groupe,
Anathema cherche encore une fois de nouveaux sons, une nouvelle dimension à sa musique. Et au lieu de renouer avec une certaine forme de violence verbale et de virulence électrique, le groupe, jugeant que les frontières du metal deviennent trop étriquées pour lui, évolue presque naturellement vers des sons plus rock, pouvant par moment évoquer le
spectre facétieux d'un
Jeff Buckley touché par la grâce.
Ainsi
Anathema s'émancipe de ce nom qui commençait à lui peser, le privant d'une large part du public qui pourrait être séduit par sa musique. Seulement, "
Anathema" véhicule une image trop metal et la reconnaissance ne pourra se faire que sur disque. Les frères Cavanagh ne tournent pas entièrement le dos à leurs premières amours. Les guitares sont souvent sous-jacentes, prêtes à mordre si on leur lâchait la bride. Et quand le combo de Liverpool le fait, cela donne
Panic, morceau fulgurant, rapide, enlevé, qui tranche singulièrement avec le reste, plus posé. Un instant de rébellion au milieu d'un disque plus policé.
Mais policé n'est pas forcément synonyme de merdique. La construction des morceaux est très bien pensée, agencée. Plutôt que de jouer sur le contraste abrupt,
Anathema a surtout affiné son discours, afin de proposer des lignes mélodiques agréables, qui évitent soigneusement l'écueil de la platitude. Même s'il faut s'en faire une raison,
Anathema devient un groupe de rock atmosphérique, capable de rivaliser avec les grands du genre, voire avec des combos comme
Radiohead.
Pour certains, cela peut s'apparenter à une trahison. Pour d'autres, il s'agira d'une démarche artistique séduisante, même si la réussite flamboyante de
Judgement parait être à des années lumières, impossible à atteindre. Ici, on se focalisera sur des refrains accrocheurs, comme sur l'excellent
Looking Outside Inside, véritable perle, gorgé de feeling. On frémira lors des interventions sensuelles de
Lee Douglas sur
Barriers, sombre, mélancolique. On appréciera les prouesses vocales de Vincent, toujours en progression, planantes ou plus expressives, qui accrochent l'oreille sans jamais l'écorcher - pour le style pratiqué, cela ne pardonnerait pas.
Anathema livre là un bon disque, que le speech de
Temporary Peace achève de façon sournoise, angoissante. Pourtant, on ne ressent pas la noirceur habituelle au groupe. Juste de la mélancolie, parfois une tristesse obsédante, mais le côté désabusé, suicidaire, semble avoir définitivement quitté les mots et les notes de ces musiciens injustement méconnus. A découvrir pour certains, une occasion de s'y immerger pour d'autres. Un très bon album, mais un adieu aux sonorités metal.